Reportages photos


15.10.2011

Ce Mogador qui me fascine

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Haut-Atlas

Glaoua, le pays montagneux

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Tisseuses d’Iswal, scène homérique du Maroc éternel !

Frère, suis ton chemin

Il finira bien par te mener quelque part

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Tel est le refrain que répètent des musiciens ambulants à travers les allées et les étals de had zerkten, le principal souk hebdomadaire vers lequel convergent chaque dimanche toutes les tribus montagnardes environnantes qui font aussi leur marché à telwet qui est le véritable cœur du pays Glaoua. Ces musiciens ambulants s’inspirent dans leurs chants des dires d’Andam ou Adrar, le compositeur mythique des montagnes du Haut–Atlas. Ici, on croit que les arts musicaux  et poétiques sont un don qu’on reçoit après une nuit d’incubation à l’enceinte sacrée de certains saints. C’est le cas du vieux troubadour d’ Iswal qui nous fit don de ce poème :

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On festoie à la citadelle

Une fête que personne ne pourra oublier

Sois heureux ô pied qui avance pour danser la mesure

Sois heureuse ô main qui se saisit du tambourin

Azaghar est illuminé de toutes les lumières

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Ces montagnes sont pour nous la paix

Ces montagnes sont pour nous l’eau

On y trouve les troupeaux de gazelles

On y trouve l’olivier, l’amandier,

On y trouve les moulins à eau

On t’y trouve toi aussi ô rivière !

On y trouve les hommes hospitaliers et les ahwach prestigieux

C’est à la fois le sel des jours, des hommes et des choses.

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Avant que le chant ne s’épanouisse pleinement lors des fêtes annuelles, c’est en vaquant aux travaux des champs et de la vie quotidienne ; tisser, moudre, puiser l’eau ou ramasser le bois de chauffage que dès leur jeune âge, les jeunes filles apprennent le chant des femmes, leurs aînées et initiatrices. Autrefois c’était l’époque du tissage  que peu de femmes pratiquent encore de nos jours : vêtements et couvertures devaient être terminés avant le grand froid. Tisseuses d’Iswal, scène homérique du Maroc éternel !

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Tambour de feu, tambour d’Afrique en pays berbère…

Contrairement à l’ahouach des autres tribus masmoda, celui du pays Glaoua ne se limite pas au tambour sur cadre qu’on appelle taguenza ou allûn , mais y associe également le tambour haoussa à deux peaux, qu’on appelle ici comme à l’oued Noun au Sahara, « Ganga », probablement introduit au pays Glaoua par les esclaves noirs des grands caïds. Le métissage biologique et culturel explique pourquoi l’ahouach des Glaoua est l’un des plus complexes et des plus beaux au Hauy–Atlas. Celui d’Iswal diffère grandement de celui de Tisakh Ighi, même si les deux fractions appartiennent à la même tribu Glaoua. Mais au–delà des différences locales inéluctables par où se manifeste le particularisme tribal, c’est ce caractère en quelque sorte sacré qui confère à cette danse berbère son unité foncière : la même ronde circulaire ou allongée, serrés épaule contre épaule, le même balancement , le même geste menu et précis, réglé selon un rythme à la fois souple et rigoureux, la même mélopée suraiguë, la même batterie savante et impérieuse. Les préliminaires commencent lentement avec les percussions taguenza. Ce tambour sur cadre reste l’instrument principal ; celui sur lequel on exerce sa virtuosité. L’instrument de la fête par excellence. Les mots berbères les plus communément employés dans toute la montagne pour le désigner sont allûn ou taguenza.

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Cette montagne si lourde et somptueuse est dépourvue de forêts ; son austérité et sa nudité lui confère pourtant une grandeur sauvage. Les Chleuhs l’appellent « adrar n’deren » (la montagne des montagnes). Ce massif est attirant par sa beauté rude. Ici, la montagne est si haute qu’elle touche les nuages venus de l’océan si proche, et qu’elle est couverte de neige une partie de l’année. Montagne aride, montagne humide, montagne froide. Les douars d’Iswal s’y cramponnent pourtant, profitant du peu de terre arable qui reste au fond des vallées profondes et au bord des cours d’eau. Iswal est une  fraction qui se compose de neuf douars. Mais seuls trois d’entre eux ont participé à la fête saisonnière à laquelle nous avons assisté : celui de titoula, où a eu lieu le tournage,  celui d’anamer et celui de taâyat. On s’est dirigé ensuite vers la fraction de tisakht Ighi qui se caractérise par la présence d’un saint judéo-berbère, Moulay Ighi, dont le sanctuaire fait l’objet chaque année d’une hiloula , pèlerinage auquel participe la diaspora juive d’origine berbère.

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En automne, après les fêtes familiales tels les mariages, les femmes vont chercher du bois qu’elles entreposent pour l’hiver. Elles doivent prévoir et accumuler des réserves comme témoigne dans un arabe approximatif cet habitant de haute montagne : « Quand il ne reste plus que dix jours à l’automne pour finir, en prévision de la période du grand froid de l’hiver, les femmes  stockent de l’herbe sèche pour les bêtes et récolent le navet qui une fois séché sur les terrasses et réduit en poudre servira de condiment pour le couscous. Il tombe ici jusqu’à deux mètres de neige. C’est la période où les villages sont entièrement isolés par la neige. Les femmes montent sur les terrassent et balaient la neige pour que l’eau ne s’infiltre pas à l’intérieur des maisons. »

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Contraste brutal entre des sommets et des crêtes à l’imposante majesté et des vallées étroites et profondes. Les montagnes sont tantôt dénudées et austères tantôt recouverts de pins d’Alep associés au chêne vert, au thuya et au genévrier rouge. Un pays difficile d’accès où les pistes muletières l’emportent largement sur les pistes carrossables qui sont une réalité récente due largement au système d’entraide collective connu sous le nom de tuiza .  Le peu de terre arable qui reste en flanc de montagne et au bord des cours d’eau est cultivé en terrasse. Au bord de l’oued Ghdat, on sème l’ail, l’oignon, le navet en plus des céréales. Le moindre espace est exploité y compris parmi les galets de la rivière, lorsque celle-ci est desséchée. Le douar tighwine où a lieu la fête saisonnière, organisée pour le tournage de « la musique dans la vie », se situe sur la rive gauche de l’oued Ghdat, une alluvion de l’oued Tensift, alimenté par de nombreux cours d’eau qui descendent principalement d’ adrar n’gourent (la grande montagne) qui culmine à plus de 3000 m. d’altitude.

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Chez les Glaoua, le col de Tizi n’Telouet est le passage obligé au Haut–Atlas pour les caravaniers et les marchands. C’est en prélevant une dîme de passage sur les marchandises que le caïdalisme s’est développé chez les Glaoua.  Leur puissance prenait sa source d’abord du contrôle des échanges marchands qui transitaient par les cols . La fameuse route de l’or et du sel, qui reliait par delà le Haut–Atlas, le Sahara, au sud aux rivages de la Méditerranée au nord.

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Au XIXème siècle  habituellement le caïd du Makhzen était choisi chez les tribus zamran ou  sraghna. Chaque année ce chef de tribu guich rassemblait ses contingents et dépassait par Telouet, où le père de Sidi Madani Glaoui n’était alors qu’un petit cheikh de montagne semblable aux autres, puis il descendait vers le Warzazate, Taznakht et le zegmouzen en suivant ces vallées, chez les petits amghars dont les maisons jalonnaient cette « voie Makhzen ». En 1914, les Français s’appuient sur le Glaoui  ainsi que sur les autres seigneurs de l’Atlas – les caïds Mtouggi et Goundafi – pour soumettre les tribus du Sud. A son avènement, Thami el Glaoui garde sous son autorité quelques tribus du Sud, mais surtout, sur le versant nord, les Zamran et les Mesfiwa où il s’implante solidement en prenant les meilleurs terres d’où il expulse les habitants. Lors du séquestre de 1958, ses propriétés rurales immatriculées dans le seul Haouz, couvraient une superficie totale de 11.400 hectares irrigués. Sa famille possédait plus de 16000 hectares et le clan 25000 hectares. Ne sont pas compris ici : les terres non titrées, les oliviers (660 000 pieds), ni les propriétés dans les autres provinces (oued Dra et Dadès notamment). Il s’agit là de la plus grande concentration foncière connue au Maroc. La Vigie du mercredi 26 octobre 1955 titrait ainsi : « Coup de théâtre à Rabat hier après midi : le ralliement du Glaoui au sultan ben Youssef a fait sensation. » Il a été couramment admis qu’avec lui prenait fin le régime féodal marocain.

Thami el-Glaoui est resté Pacha de Marrakech sans discontinuer de 1918 à sa mort le 12 janvier 1956, où il fut inhumé au splendide mausolée de Sidi Sliman El Jazouli, l’un des sept saints de Marrakech. Il y disposait d’ailleurs d’un palais, de style andalous – mauresque,  surnommé stiniya (littéralement la soixantaine), en raison de l’une de ses salles, dont la coupole était décorée d’un dessin géométrique comportant « soixante rayons ».

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Chez les Glaoua, l’ahouach est essentiellement mixte : la présence des femmes dans les fêtes est sans conteste primordiale, ne serait–ce que pour assurer la réussite de la danse. Dans la danse comme dans le chant les femmes occupent une place prépondérante. Elles composent un chœur complémentaire à celui des hommes, et ont tout au moins sur le plan vocal, puisqu’elles ne touchent jamais au tambour, un rôle à tenir.

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On prélude par le rythme à l’état pur : percussion de plusieurs taguenza à la fois. Puis on entame arasal :. jeu de tambour accompagnant le chant des hommes à l’unisson. On enchaîne ensuite par une ornementation dénommée tazrart : élévation des voix qui accompagnent les percussion comme des échos de bergers au fond de   la montagne, cris de joie qui visent à susciter l’enthousiasme qu’on appelle ici tahyar. Ce qui prouve s’il en est besoin que l’ahouach est une danse jubilatoire qui vise à produire l’enthousiasme et la joie, et non la transe, même s’il est fondé sur le même principe d’accélérando. Survient enfin le chant des femmes à l’unisson qu’on appelle tihwachine.

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Dans la poésie chantée qu’on appelle N’dam, les hommes ont un rôle prépondérant. Ce sont eux qui assurent l’improvisation poétique, devant les villageois rassemblés sur la place publique. On chante le N’dam en couvrant la bouche de son tambourin comme pour se protéger des puissances surnaturelles autant que pour mieux moduler sa voix. Un refrain montagnard, jeu de tambour, tambour de fêtes saisonnières. Voilà ce qui frappe le plus du point de vue musical au pays Glaoua que nous avons traversé à mi–chemin entre Marrakech et Warzazate, à l’aube de cette nouvelle année agricole de 1998.

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Un pays montagneux où chaque vallée possède sa propre troupe d’ ahouach et où pourtant aucune musique d’une vallée ne ressemble à une autre.

Abdelkader Mana

AGADIR

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Les greniers collectifs de l’Anti-Atlas

Dans le Sous les régions  montagneuses  sont connues pour leurs greniers collectifs (Igoudar, en berbère, pluriel de Agadir).

Le rôle que jouent ces greniers collectifs de l’Anti-Atlas s’explique aisément par les conditions de vie d’un pays où les hommes ne peuvent subsister qu’en amassant les provisions dans les années d’abondance en prévision des années de sécheresse et de famine. Jadis, on avait édifié également ces Agadirs pour que les femmes et les enfants s’y réfugient en temps de siba, d’anarchie et de guerres intertribales. Ces Agadir, qui servent toujours de banque d’épargne, retiennent aujourd’hui notre intérêt pour leur architecture exceptionnelle : vieux de mille ans, leur beauté rustique en fait l’un des principaux patrimoine historique de la région de Sous.

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Au loin se profile le mont adrar qui surplombe à plus de 2000 mètres d’altitude l’assise territoriale de la tribu Touska aux environ de Tafraout. Entouré de trois villages telle une forteresse, voici le grenier collectif Tasguint où les villageois de la tribu mettent leurs moissons de blé et leurs récoltes d’amandiers. Maintenant la plupart des villageois sont épiciers à travers les villes du Maroc. Cette tribu de Touska comprend six greniers collectifs : Dougadir, Tasguint, Agdil, Touliline, Tidza et Issil.

Nous avons visité celui de Tasguint, l’Agadir millénaire qui a servi de modèle à tous les autres .

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Chaque tribu (ou grande fraction) a sa forteresse-grenier, souvent située sur des hauteurs imprenables. Elle est disposée à l’intérieur en forme de rue étroite sur laquelle s’ouvrent, sur trois ou quatre étages, deux rangées de chambrées dénommées ahanou, où l’on met en abris récoltes et objets précieux de la famille. Une réglementation juridique  compliquée  qu’on appelle luh (table de la loi  parce qu’ elle était inscrite sur des planchettes au départ), fixait minutieusement les droits et les charges des usagers. De l’administration de ce makhzen (magasin) dépend chaque jour la vie matérielle des villageois.
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Comme tout autre Agadir de la région, celui de Tasguint ne peut être ouvert qu’en présence de deux clés se trouvant dans deux douars en contrebas. Sans le consentement des villageois concernés, ce grenier collectif ne peut être ouvert. Pour assurer le contrôle, chaque douar dont les habitants disposent de chambre dans l’Agadir délègue des membres qui se relaient pour la surveillance de nuit : ils arrivent à six heures du soir et repartent à six heures du matin. Si quelqu’un enfreint la réglementation de l’Agadir on recourt aux notables qu’on appelle inflas en berbère : c’est eux qui ont rédigé les lois coutumières en vigueur et qui veillent à leur application jusqu’à nos jours. En cas d’infraction, les douze membres qui veillent sur l’Agadir se réunissent et prononcent leur sentence à l’encontre du contrevenant pour qu’il paie l’amende sans quoi l’accès lui est formellement interdit, même s’il dispose d’objet précieux dans l’une des chambrées du grenier collectif.

Les notables, en présence de l’amine et des gardiens, assistent à l’acquittement de la dette par l’individu condamné, sous la forme d’une vache, d’une chèvre ou d’un bélier. Tout le monde reconnaît ainsi qu’un tel s’est excusé en sacrifiant. Au grenier collectif, on dépose les bijoux en argent, en or ou encore du miel; des objets dont on ne se sert qu’une à deux fois par an. Ce sont les objets les plus précieux qu’on dépose à Agadir.

Abdelkader MANA

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Danse des gazelles

« Danse des gazelles », c’est ainsi qu’on appelle la danse ailée au rythme saccadé des Houara. Dans l’expression « mizân haouari », il y a la notion d’équilibre. La danse doit être parfaitement synchronisée au rythme. C’est cet équilibre qu’on appelle mizân. Tout l’art du danseur est de synchroniser le geste à la percussion, la chorégraphie au rythme. C’est généralement la petite tara qui mène la danse marquant par des césures musicales des arrêts où le danseur doit passer d’une posture chorégraphiques à une autre.

Chacun  fait preuve de ses prouesses chorégraphiques : danseurs et danseuses se relaient à tour de rôle mais chacun a son propre style, sa propre chorégraphie. Le jeu de pur rythme destiné à la danse est entrecoupé de chants qu’on appelle tagrar : « Je suis l’hôte de Dieu, ô braves hommes de ce pays !». C’est par ces mots que s’ouvre la compétition dansée.

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Nous nous sommes arrêtés au douar Mzila (« les maîtres forge » en berbère) là où finit le Haut Atlas et où commence la plaine de Sous. On est là encore dans le domaine aride comme l’atteste la chaleur accablante de la région. C’est le domaine de l’arganier. La chaleur est si extrême durant la prédominance du shûm qu’il n’est pas possible de sortir dehors. Les toitures des maisons sont fréquemment pelées par la chaleur du vent du chergui qui ressemble à celle qui se dégage de la gueule d’un four : les vêtements deviennent étouffants. Ce vent violent est cependant prélude à la saison pluvieuse. Aux abords de l’oued Sous l’écosystème change brutalement, trahissant les effets bénéfiques d’une meilleure qualité du sol et de la nappe phréatique alimentée par le Haut-Atlas tout proche. On passe du vide, le lieu non habité, lakhla, à ce qu’Ibn khaldoun définissait par Oumrân , ou civilisation, parce que partout on retrouve l’empreinte de l’homme. Plus on s’éloigne de la montagne vers la plaine et qu’on s’approche des rives de l’oued Sous, plus on passe du domaine bour au domaine irrigué, de l’arganier qui pousse tout seul à l’agrumiculture et à la culture sous serre qui doivent être constamment entretenus.

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Aux rives de l’oued Sous,  à mi-chemin entre Agadir et  Taroudant, les houara constituent un îlot arabophone au milieu de tribus berbères. Ils seraient arrivés au Sous dans le sillage des conquérants arabes qui y avaient introduit jadis aussi bien les techniques d’irrigation que la culture de la canne à sucre :

« Dans cette région qui est située sur une grande rivière, écrit au 11ème siècle le géographe andalous El Békri, il y a beaucoup de fruits et de canne à sucre dont le produit s’exporte dans tous les pays du Maghreb. L’honneur d’avoir fait construire le canal qui fournit l’eau à la ville de Sous (Taroudant) et d’avoir canalisé les bords de cette rivière est attribué à Abderrahmane Ibn Moumen, dont le père était le dernier Calife Omeyyade d’Orient ».

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En provenance d’Orient, les Houara se seraient d’abord arrêtés au Sahara avant de déposer définitivement armes et bagages au bord de l’oued Sous. Leurs couplets, ils les appellent «  tagrar », terme d’origine saharienne. De nos jours encore, ils continuent de chanter la légende de l’égérie, cette gazelle aux mollets tatoués, qui aurait trahi le pacte conclu du temps de Jésus avec « l’homme dépouillé » . Chacun s’était engagé à ne pas se remarier si son partenaire vient à mourir :

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Ô gazelle aux mollets tatoués !

La mécréante qui a trahit ma confiance !

Ô gazelle aux mollets tatoués !

Le Seigneur  très haut t’a ressuscitée

Après la mort

Et aujourd’hui tu oses trahir ma confiance !

Les fossoyeurs retournent la terre

On retire les rats, on coud ton linceul

L’homme nu te pleurait durant sept longues années

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Jésus fils de Marie descend du ciel et lui dit :

– Cesse de pleurer, ô homme nu !

– Je pleure ma femme, la gazelle aux mollets tatoués

– Mais elle est morte et son destin est scellé,

Je te la ressuscite par ordre du Seigneur le plus haut !

L’égérie a ressuscité par ordre du Seigneur le plus haut

Il s’est accroché à sa chevelure

Le cœur palpitant de joie

Il s’assoupit  en posant la tête sur ses genoux

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Passant par là des chasseurs royaux du temps de Jésus lui  dirent :

– Beauté ! Pourquoi t’occupes-tu de cet homme nu ?!

Viens avec nous à la Maison Royale !

Là où tu seras couverte de soie et de velours.

–   Mais que dois-je faire de cet « homme nu » ? leur répondit-elle.

Ils lui répondirent :

–  Posez-lui la tête sur le rocher de l’ éternité.

Ils la prirent sur leurs chevaux et partirent.

En se réveillant l’homme nu n’a trouvé que les mirages du désert

Il se met à parcourir les étendues solitaires

Sur son chemin il rencontra des bergers et leur dit :

–  N’avez-vous pas vu la gazelle aux mollets tatoués ?

–  Elle est passée par ici en compagnie des chasseurs du sultan

Ils l’ont amené comme présent à la Maison Royale.

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Il accouru à la Maison Royale

En frappant à la porte, le gardien du sultan lui apparu :

–  Vous m’avez pris ma gazelle aux mollets tatoués, lui dit-il.

–   Nous n’avons vu aucune égérie et la Maison Royale est pleine des wedga.

Le sultan de l’époque leur ordonna de le laisser entrer.

Il la reconnu parmi les nombreuses belles houri qu’on lui aligna

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Il s’accrocha à elle en lui disant :

–   Pourquoi ô égérie trahir ma confiance ?!

–   Eloignes-toi de moi ô homme nu, lui rétorqua-t-elle. Je suis élevée et j’ai grandi à la Maison Royale. J’y ai même coiffé ma chevelure !

–  Le Seigneur très haut t’avait ressuscité après ta mort. Jésus fils de Marie est venu me voir, je l’ai prié et il a prié Dieu qui t’a ressuscité. Tu as pourtant trahi ma confiance.

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–   Non, je ne te connais pas, insista-t– elle.

–  Viens mesurer ce tombeau avec nos doigts, lui proposa-t-il.

En l’accompagnant elle trébucha au tombeau qui s’enflamma aussitôt.

Depuis lors on l’évoque en chantant :

Ô gazelle aux mollets tatoués !

La mécréante qui a trahit ma confiance !

Ô gazelle aux mollets tatoués !

Le Seigneur  très haut t’a ressuscitée

Après la mort

Et aujourd’hui tu oses trahir ma confiance !

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Ces chants relèvent souvent du conte racontant sur le mode théâtralisé (avec dialogues) des histoires comme celle de cette jeune femme qui vient se plaindre au juge de son vieux compagnon :

Ma mère m’a confié au vieil homme que je n’ai jamais aimé !

Se plaint–elle. Ce à quoi le vieux mari répond :

Que dois-je faire ô mon Dieu pour confesser

Les péchés commis par la bien aimée ?

Il est dit dans un de leurs couplets qu’on désigne par le nom de tagrar :

En allant du côté des Berbères

Elle faisait tomber les fruits

Comme l’étoile filante sur la trace des mirages

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Les Houara forment une très grande tribu arabe établie dans la plaine de Sous entourée de montagnes habitées par des Berbères dont le parler est le tachelhit. Leur territoire s’étend depuis Agadir jusqu’à Taroudant.  On trouve les houara dans le Sous ; mais également dans maintes autres endroits que ce soit en Orient ou au Maghreb : les houara ouled Rahou du côté de Guercif, en Algérie, en Egypte etc. Les Ouled Taïma de Sous proviendraient d’Arabie Saoudite où existe une  ville du nom de Taïma. Dans la fertile plaine de Sous, le territoire occupé par les Houara se compose de neuf tribus arabes (OuledTaïma, Laktifat, Sidi Moussa el Hamri, el gardane, lahfaya, Ouled Saïd, Hmar, Freija, Ouled Berhil) et d’une tribu Berbère, celle d’Amezzou.

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La plaine de Sous est située dans une région tellement agréable et fertile qu’on l’appelait « le paradis terrestre ». Au début du 19ème siècle, il a fallu deux jours au voyageur anglais Jackson pour traverser toutes ces plantations, lesquelles formaient une ombre ininterrompue et impénétrable aux rayons du soleil. Le Sous produisait plus d’amandes et d’huile d’olive que toutes les autres provinces réunies. La canne à sucre poussait spontanément aux abords de Taroudant. Le bâton de réglisse était si abandon qu’on l’appelait « ârq Sous » (la racine de Sous). C’étaient les vergers de l’oued  Sous qui assuraient l’approvisionnement en huile d’olive. Les amphores de hmar, en particulier où nous nous trouvons en ce moment. Ce sont les oliveraies d’Ouled Taïma et d’Aït Melloul qui alimentent en huile d’olive jusqu’aux régions sahariennes.

Jusqu’à une période récente, l’eau était à fleur de sol. Dans les années 1970, on pompait l’eau à sept mètres de profondeur à peine. Il faut maintenant la pomper à près de 200 m de fond et l’oued Sous lui-même n’est plus ce qu’il était jadis

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Cette luxuriance de végétation, le  Sous la doit d’abord à la rivière dont il porte le nom :

« L’oued Sous est un véritable trésor, s’exclame Haj Ali Kayouh, le principal fermier des Houara . Par le passé l’eau coulait toute l’année. C’était bien avant l’édification des barrages. Et quand l’oued était en crue on ne pouvait plus le franchir : ceux qui étaient de l’autre côté de l’oued achetaient le sucre au double de son prix réel. Tandis que l’oued demeurait infranchissable, le prix du sucre valait de ce côté–ci le double de ce qu’il valait de l’autre. Celui qui avait au bord de l’eau une parcelle de 400 ou 500 m² la consacrait au maïs et au blé tendre, et il était considéré comme quelqu’un d’aisé. Il n’y avait pas encore ne serait-ce qu’une seule ferme : avant le colonialisme, il n’y avait pas de fermes par ici. »

Quand les colons Français sont arrivés, ils ont partagé les terres fertiles de l’Oued Sous, en particulier celles des  Oulad Taïma et de  Sebt el Guerdan. C’est dans ces régions qu’ils ont commencé par s’établir, se souvient haj Ali Kayouh :

« La terre ne valait rien en 1948. Un tracteur valait quinze dirhams et un camion guère plus. Le mazout ne coûtait pratiquement rien aussi. Pour irriguer les fermes, les colons ont creusé des puits. A l’époque ils confiaient ces corvées aux prisonniers de guerre Allemands et aux légionnaires. Ils travaillaient torse nu  et portaient un simple short. C’est de cette manière que l’agriculture a été modernisée. Ces colons créèrent les chambres d’agriculture, les associations, et se mirent à exploiter les richesses du pays. Les Marocains n’avaient pas une seule ferme. A l’indépendance, les gens ont pris l’initiative et ont constitué des fermes. Du jour au lendemain, de simples marchands d’épices se sont transformés en fermiers. »

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Au Maroc, les Houara sont actuellement parmi les principaux exportateurs d’agrumes : « Presque 100% des fermes pratiquent une agriculture de haut niveau. En ce qui concerne les agrumes, grâce à Dieu, cette région représente 60% des exportations nationales. Maintenant, la production laitière du Sous et de Houara est commercialisée dans de nombreuses régions du pays. Toutes les villes sahariennes, que ce soit Laâyoune, Smara, Dakhla ou Boujdour sont approvisionnées en lait par la province de Sous. »

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Chez les houara de Sous, l’achoura dure trois à quatre jours. Elle se déroule au patio de la mosquée du village où on amène offrandes et tambours dès que commence la fête.

On chante :

A kharjou ya laâyalat !

Ha hamaqa jat !

Sortez ô femmes !

Le carnaval est arrivé !

On appelle le carnaval « hamaqa » (la folie).

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Une fois que tout le monde est présent, ils allument un feu de joie et se mettent à sauter par-dessus les flammes en répétant :

En toi, je laisse ma paresse !

Ou encore :

En toi, je laisse ma maladie !

Chacun émet son vœu à cette occasion, tandis que les femmes poussent des youyou. Ils disent aussi :

Qui veut se rendre en pèlerinage

Pour chercher l’eau de zemzem auprès du Prophète ?

Le jour de l’achoura, il est en effet bon de recueillir l’eau de l’aube, qu’on appelle zemzem : et nous puisons cette eau à l’aube du jour de fête en chantant :

Marches de pied ferme

O henné qui se rend en pèlerinage au tombeau du Prophète !

L’achoura qu’on appelle ici hamaqa (carnaval) se déroule de la manière suivante :

La troupe de musique houari arrive au douar en répétant :

Nous sommes hôtes de Dieu

O hommes de ce pays !

Le maître de la maison où se déroulera la cérémonie les accueille.

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Après l’interruption du mizân houari ils entament le tagrar. Puis à nouveau la danse, puis à nouveau le chant et ce jusqu’au milieu de la nuit.

Ils se mettent alors en position assise pour entamer hammouda, la wedga (l’égérie, la gazelle) aux mollets tatoués qui a trahit l’homme dépouillé, son mari mis à nu. Et si le temps le permet, le maître de la maison leur demande de jouer gourar. Ils continuent ainsi jusqu’au lever du jour.

On n’est pas houari par naissance, on le devient par la participation à sa vie à sa culture ;  par la maîtrise de ses chants, ses danses, ses rites et ses mythes. C’est en ce sens que les houara sont maintenant plus une réalité culturelle qu’ethnique.

Abdelkader MANA

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AGADIR

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Les greniers collectifs de l’Anti-Atlas

Dans le Sous les régions  montagneuses  sont connues pour leurs greniers collectifs (Igoudar, en berbère, pluriel d’Agadir). Le rôle que jouent ces greniers collectifs de l’Anti-Atlas s’explique aisément par les conditions de vie d’un pays où les hommes ne peuvent subsister qu’en amassant les provisions dans les années d’abondance en prévision des années de sécheresse et de famine. Jadis, on avait édifié également ces Agadirs pour que les femmes et les enfants s’y réfugient en temps de siba, d’anarchie et de guerres intertribales. Ces Agadir, qui servent toujours de banque d’épargne, retiennent aujourd’hui notre intérêt pour leur architecture exceptionnelle : vieux de mille ans, leur beauté rustique en fait l’un des principaux patrimoine historique de la région de Sous.

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Au loin se profile le mont Adrar qui surplombe à plus de 2000 mètres d’altitude l’assise territoriale de la tribu Touska aux environ de Tafraout. Entouré de trois villages telle une forteresse, voici le grenier collectif Tasguint où les villageois de la tribu mettent leurs moissons de blé et leurs récoltes d’amandiers. Maintenant la plupart des villageois sont épiciers à travers les villes du Maroc. Cette tribu de Touska comprend sept greniers collectifs : Dougadir, Tasguint, Agdil, Touliline, Tidza et Issil. Nous avons visité celui de Tasguint , l’Agadir millénaire qui a servi de modèle à tous les autres .

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Chaque tribu ou grande fraction a sa forteresse-grenier, souvent située sur des hauteurs imprenables. Elles est disposée à l’intérieur en forme de rue étroite sur laquelle s’ouvre, sur trois ou quatre étages, deux rangées de chambrées dénommées ahanou, où l’on met en abri récoltes et objets précieux de la famille. Une réglementation juridique  compliquée  qu’on appelle luh (table de la loi  parce qu elle était inscrite sur des planchettes au départ), fixait minutieusement les droits et les charges des usagers. De l’administration de ce makhzen (magasin) dépend chaque jour la vie matérielle des villageois.
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Comme tout autre Agadir de la région, celui de Tasguint ne peut être ouvert qu’en présence de deux clés se trouvant dans deux douars en contrebas. Sans le consentement des villageois concernés, ce grenier collectif ne peut être ouvert. Pour assurer le contrôle, chaque douar dont les habitants disposent de chambres dans l’Agadir délègue des membres qui se relaient pour la surveillance de nuit : ils arrivent à six heures du soir et repartent à six heures du matin. Si quelqu’un enfreint la réglementation de l’Agadir on recourt aux notables qu’on appelle inflas en berbère : c’est eux qui ont rédigé les lois coutumières en vigueur et qui veillent à leur application jusqu’à nos jours. En cas d’infraction, les douze membres qui veillent sur l’Agadir se réunissent et prononcent leur sentence à l’encontre du contrevenant pour qu’il paie l’amende sans quoi l’accès lui est formellement interdit même s’il dispose d’objet précieux dans l’une des chambrée du grenier collectif. Les notables, en présence de l’amine et des gardiens procèdent à l’acquittement de la dette par l’individu condamné, sous la forme d’une vache, d’une chèvre ou d’un bélier. Tout le monde reconnaît ainsi qu’untel s’est excusé en sacrifiant. Au grenier collectif, on dépose les bijoux en argent, en or ou encore du miel; des objets dont on ne se sert qu’une à deux fois par an. Ce sont les objets les plus précieux qu’on dépose à Agadir.

Abdelkader MANA

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Un film sur les Gnaoua

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GNAWA Body and Soul

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Film de Frank Cassenty pour « Arté »

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Frank Cassenti chez Mahmoud Guinéa à Essaouira, fin avril-début mai 2010

La société Oléo film s’est créée autour de Frank Cassenti, cinéaste et musicien, né à Rabat, pour produire des films dans l’enthousiasme : « Face à la morosité, explique-t-il, nous avons été sur tous les fronts pour faire partager notre désir de musique à travers un regard particulier, empreint d’amour et de respect. Notre approche consiste à faire connaître de grands artiste dont nous voulons garder des traces. » La musique Gnaoua connait aujourd’hui un grand engouement grâce au festival d’Essaouira qui leur est dédié chaque année, et où des stars internationales les accompagnent sous les feux des sunlights.

Le projet de Frank Cassenti est tout autre ; il nous invite à pénétrer dans l’intimité des musiciens Gnaoua pour nous faire partager toutes les significations de cette musique en remontant aux origines de ses descendants d’esclaves de l’Afrique subsaharienne.

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Le cameraman  de l'équipe porte le beau prénom biblique de Jeremy

Le tournage  de la « lila » , nuit rituelle des Gnaoua, a lieu au domicile même de maâlem Mahmoud Guinéa, ce qui est en soit exceptionnel puisque le musicien a plutôt l’habitude d’effectuer des musicothérapies domicilières dans les maisons de la clientèle qui font appel à ses services. Mais là, pour le tournage de ce film qui sera diffusé par la chaîne Franco- Allemande d’Arté, il a accepté que la lila se déroule dans sa nouvelle maison extra-muros : les Guinéa habitaient jadis au coeur de la médina à Derb Laâlouj, maison transformée depuis en Riad somptueux pour accueillir les touristes fortunés (ce qu’on appelle communément « Maison d’hôtes »)  où j’avais moi-même effectué le tournage pour mon documentaire « le port de Tombouctou » de la série « La musique dans la vie » que je supervisais pour le compte de la deuxième chaîne marocaine. J’avais alors filmé dans l’ancienne maison des Guiné maâlem Boubker (le père de Mahmoud), aujourd’hui décédé, confectionnant lui-même un gunbri à base du tronc de figuier, l’arbre sacré dont le bois donne les meilleurs résonances pour induire la Transe. J’avais aussi filmé une des soeurs de Mahmoud Guinéa avec son autel des Mlouk (esprits) où ces derniers l’aident dans sa voyance médiumnique: on m’apprend aujourd’hui qu’elle est décédée elle aussi , il y a trois ans de cela, après avoir été paralysée par les esprits qu’elle manipulait dans ses séances de voyance qui précèdent généralement l’organisation des nuit rituelles. C’est au cours de ces séances de voyance médiumniques que la « talaâ » (celle qui fait monter les esprits en état modifié de conscience) prescrit aux possédés qui la consultent l’organisation d’une nuit rituelle ou « lila ».

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Sandy (en bleu) est un fervent admirateur des Gnaoua
et de maâlem Mahmoud en particulier.

L’équipe de tournage, très légère, comprent Bruno Charier, ingénieur de son qu’on voit au fond, Olivia, la sympathique maisô combien efficace chargée de production, le cameraman Jeremy ( le réalisateur Frank Cassenti fait office du second cameraman). Ils sont accompagnés de Sandy, en bleu à côté de Mahmoud Guiné, un amoureux des Gnaoua auxquels il se consacre entièrement désormais en tant que musicien à l’exclusion de toute autre musique. Il est dans une quête spirituelle, une initiation au monde magique des Gnaoua : ces derniers ont maintenant des adeptes en dehors de leur ère culturelle d’origine; de l’autre  côté de la méditerranée. La rive nord de Marnostrum. Double mondialisation des Gnaoua auxquels on a fait appel pour l’organisation des lila un pau partout à travers le monde (Malika vient d’accompagner son mari Mahmoud Guinéa au Japon) et qui ont maintenant  des adeptes tel Sandy au coeur même de la France profonde…

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Toute l’équipe du tournage s’est déplacée jusqu’à un lointain village de la journée accompagnée de Malika l’épouse de Mahmoud Guinéa pour acheter un bouc noir et un mouton pour le sacrifice qui doit précéder la nuit rituelle: à leur retour un policier a exigé de Frank maints documents en tant que conducteur, celui-ci lui a expliqué qu’on est une équipe de tournage chez Mahmoud Guinéa, décoré par le Roi et soutenu par André Azoulay, mais le polcier ne voulait rien entendre. …Malika qui comprend les traditions locales en la matière a conseillé au réalisateur de donner un peu de « bakchich » (200 DHS) pour mettre fin à d’inutiles conciliabules pour aller de l’avant dans le tournage de la « lila »…

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J’ai dis à Frank: « Mais la maison et est trop exigüe pour le tournage? ». « A Tamsloht, me répondit-il, nous avons effectué des tournages dans un espace encore plus exigu que celui-ci, au point que le danseur était quasiment collé au musicien. Mais le résultat est probant au niveau de l’image. Nous voulons filmer les Gnaoua dans leur espace authentique sans artifice. Là où les femmes peuvent se servir de la cuisine dont elles sont habituées pour préparer le repas communiel.On a pensé au début à un tournage dans un Riad, mais  si nous avions organisé le tournage dans un beau et immense Riad, on aurait des scènes type « Star Academy », à la fois froides et clinquantes mais qui n’auront pas cette chaleur et cette authenticité du domicile même de maâlem Mahmoud et sa famille…

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Pour préparer la lila, Frank et son équipe ont accompagné Malika, la femme de maâlem Mahmoud, chez un herboriste, pour l’achat des différent encens: « Si vous mettez du benjoint noir à la place du blanc, vous troublerez la transe, explique Malika : les esprit protesteront en pleine transe en réclamant le bon bonjoint. Le bonjoint noir c’est pour la cohorte des génies possesseurs noirs. On ne peut pas donc en les invoquant mettre du bonjoint blanc! » Dans les rushs que me montre Frank, on voit l’herboriste émettre des opinions sur la musicothérapie des Gnaoua qui dénote une réelle connaissance de leur rituel. De même parmi les jeunes spectateurs de la lila on découvre des adolescents capables d’accompagner les chants des Oulad Bombara ou ceux de Sidi Moussa et ses esprits de la mer. A Essaouira, le savoir esotérique des Gnaoua est en réalité une culture largement partagé par un public de connaisseurs au delà du cercle étroit des Gnaoua proprement dit. C’est pour cette raison qu’on peut véritablement considérer Essaouira comme la ville des Gnaoua par excellence…

Brusquement une musique de transe improvisée par les fils de Malika et de Mahmoud Guiné nous parviennent de l’étage ; Frank Cassendi accourt avec sa caméra légère pour filmer la scène qui se déroule au premier étage à partir de la fenêtre de la pièce à partir du petit couloir qui mène à la cuisine…

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A l’intérieur de la pièce Malika danse en état de transe accompagnée musicalement par ses propres enfants: chez les Guinéa on vit en permanence en présence des esprits de l’Afrique et de la transe qu’ils provoque. « Nous vivons avec cette musique de la naissance à la mort », nous expliquera plus tard Malika. « Chez nous le tambour et le gunbri se mettent parfois à résonner tout seuls au coeur de la nuit parce qu’ils sont en tant qu’instruments sacrés, hantés par les esprits : tu vois alors les cordes du gunbri bouger toutes seules, comme s’ils étaient pincés par une main invisible, celle des esprits possesseurs ».

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Malika qui, en état de transe, est elle-même « voyante médiumnique » :  initialement j’ai proposé à mon ami Cassenti d’intégrer la scène de la voyante médiumnique qui fait la liaison à la fois avec le pèlerinage de YTamsloht, où elles vont renouveler l’autel des Mlouk, et la lila, où ses outillages rituels servent pour l’induction de la transe. J’avais proposé que la scène avec la voyante médiumnique ait lieu avec la soeur de Mahmopud Guinéa que j’ai connu il y a longtemps. Et c’est là qu’on m’appris qu’elle est morte il y a déjà trois ans de cela et que Malika qui officie également en état de transe peut très bien servir pour la scène de celles qui prédisent en état de transe, en manipulant, des térébratules fossiles, des cauries de la vallée du Nil et des coquillages de ce beau rivage..

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Les Gnaoua c’est d’abord une religion de femme : si les hommes sont mis en avant, en réalité ce sont les femmes qui mènent véritablement la partie en préparant le rituel par des rêves et des prédictions divinatoires et en sanctifiant les outils rituels de la transe par des pèlerinages à Tamsloht: au cours de la lila, les femmes dela famille Guinéa ont fait appel à plusieurs reprise à Sidi Abdellah Ben Hsein de Tmsloht, au Hadi Ben Aïssa de Meknès, à la grotte de Sidi Chamharouch, au Haut-Atlas et à Moulay Brahim, l’oiseau des cîmes sur le plateau de Kik, dans le Haouz de Marrakech : tous des lieux où doit se rendre la voyante médiumnique si elle est en crise de possession et si elle veut rendre efficace ses consultations en faveur de la confrérie féminine des filles des Gnaoua qui sont attachées à sa tbiqa et à son autel des esprits possesseur. Les femmes vivent constament leur relation avec les Gnaoua dans une espèce de rêve éveillé…

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Comme si de rien n’était, après son état de transe, Malika est allée à la cuisine préparer un beau tajine de poisson : une magnifique dorade aux olives, poivrons et tomates bien épicées : l’équipe de tournage et les musiciens n’auront droit à la viande tendre du bouc et de l’agneau qu’après le sacrifice…

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Après le repas communiel l’équipe de tournage a eu la surprise de deux visiteurs de marque totalement inattendus : la visite de courtoisie de Katya et André Azoulay! Visite décontractée et en dehors de tout protocole! La famille Azoulay chez les Guinéa et leur équipe de tournage. C’est la première fois, nous dira maâlem Guinéa, que le conseiller royal lui fait ainsi l’honneur de franchir le seuil de sa modeste maison pour s’enquérir du bon déroulement du tournage et poser quelque questions sur les artistes internationaux qui se produisent sur scène avec Mahmoud Guinéa lors du festival des Gnaoua et musiques du monde. Je me suis permis de dire à André qu’il faut réactiver le colloque de musicologie et créer des liens plus fort avec l’Afrique noire puisque Essaouira était jadis le port de Tombouctou. Le conseiller royal nous a répondu que le festival comprend maintenant dix sept scènes et draine un tel monde qu’il est difficile de se consacrer sereinement à l’écoute d’un colloque de musicologie et pour ce qui est de l’Afrique subsaharienne, le festival est déjà un grand lieu de rendez vous pour les grands artistes de l’Afrique noire. Un film comme celui de Frank, avons nous avancé que, peut-être, avec celui de lilyane Azoulay sur le festival peut constituer l’embryon d’une médiathèque. Un musée est prévu à Essaouira, nous répond Katya Azoulay; il sera le lieu de conservation de notre mémoire commune. Après cette visite de courtoisie, chaleureuse et humaine, le couple des Azoulay a promis de revenir ultérieurement participer à la lila des Gnaoua en tournage chez les Guinéa, si le programme fort chargé du festival de musique classique qui se déroule en ce moment même dans la cité des alizés le leur permette… Malika qui a dit au conseiller que son mari vient de représenter Essaouira et le Maroc au Japon semble profondément émue et très fiere de ces visiteurs de marque qui honorent ainsi sa modeste famille. A 22 heures le tournage de la lila peut enfin commencer avec la partie ludique et théâtrale de kouyou et des Oulad Bombara, suivie de la procession des tombours et des crotales avec les filles des gnaoua avec leurs bougie dans une ambiance magique au seuil de la maison avant que ne commence le sérieux de la transe avec ses cohortes de génie possesseurs.

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Demain lundi 3 mai 2010, toute l’équipe se déplacera à Tamanar pour aller filmer les Ganga établis dans la région depuis le temps des sucreries saâdiennes. Lors de notre repérage avec Frank Cassendi et le cameraman Jeremy, nous n’avons pu contacter que l’un d’entre eux, les autres travaillaient comme moissonneurs: ce sont des métayers qui n’ont pas de possessions foncières et qui vivent en faisant des travaux agricoles pour les paysans haha en leur moissonnant leur céréales comme en ce moment ou en faisant des tournées aumônières avec leurs tambours et leurs crotales, à l’issue de quoi ils organisent une fête saisonnière dénommée « maârouf » dédié à leur patronne lalla Mimouna sous un arganier sacré. Contrairement aux gnaoua bilalien de la ville ils ne recourent pas à la profusion des couleurs ni au gunbri pour induire la transe, chez la voix des dieux africains c’est le tambour, dont il porte d’ailleurs le nom: Ganga, qui veut dire « gros tambour » en berbère.

Reportage photographique d’Abdelkader Mana

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Essaouira

Maison traditionnelle d’Essaouira : Riad, ou plutôt Menzeh  [1] ?

Par Abdelmajid MANA

Maison d’hôte au coeur de la médina, avec vue panoramique sur la baie et les terrasses d’Essaouira

Depuis maintenant une quinzaine d’années, s’est développée au Maroc la formule touristique d’habiter les Riad dans la médina.

Cela permet d’une part d’être au cœur de la culture de la médina marocaine, que ce soit Fès, Marrakech ou Essaouira, et d’autre part de sortir de l’anonymat du tourisme industriel de masse. Cependant , comme on le voit dans tous les sites Internet, il y a un abus de langage concernant  l’utilisation du mot « Riad ». Un  terme mal défini qui prête à confusion, surtout pour ce qui concerne les maisons du 18ème et 19ème siècle d’Essaouira. Les gens qui ont acquis ces maisons  les appellent abusivement « Riad ». Or je vis justement dans l’une de ces vieilles maisons qui n’est pas un Riad et que quelqu’un qui ne connait pas  l’histoire de la ville serait tenté de appeler ainsi.

Donnant sur l’horloge…

Sur la baie….

et les terrasses d’Essaouira

La belle demeure, rue d’Agadir

On est rue d’Agadir, l’un des quartiers les plus anciens de la médina, puisqu’il remonte à quelques années de 1764, date de la fondation du port et de la kasbah  : en 1773, Agadir, qui résistait encore à la pression du souverain, et où se maintenaient d’importants marchands chrétiens et juifs, fut puissamment attaquée par une armée venue de Marrakech. La ville ne put résister, ses fortifications furent détruites. Sidi Mohamed Ben Abdellah n’accorda qu’un temps très bref à ses habitants pour ramasser ce qu’ils possédaient et leur ordonna de se transporter à Essaouira où un quartier, « derb Ahl Agadir », leur fut attribué.

Ces négociants juifs ou berbères originaires de Sous -les fameux « toujar sultan » (négociants du roi)-  qui s’établirent dans la kasbah et à « derb Ahl Agadir », construisirent des maisons à deux niveaux plus une terrasse. Le rez-de-chaussée était réservé à l’entrepôt des  marchandises. Ce type de demeure comportait deux entrées : ce qui montre bien qu’on ne mélangeait pas négoce et vie privée. La première porte  donne  accès au lieu du travail qui est l’entrepôt des marchandises destinées à l’exportation via le port : des sacs empilés les uns sur les autres jusqu’au plafond d’amandes décortiquées, du blé, de peaux, de caroubes et surtout de  gomme (lagracha), d‘où le nom  » lahraya dyal lagracha » (entrepôt de la gomme). D’après ma tante maternelle, qui accompagnait sa maman dans ces entrepôts, les femmes filtraient et nettoyaient  la gomme durant la grande famine de fin 1920-début  1930 :  c’est de l’immense forêt de thuya de béribérie, au sud d’Essaouira, qu’on ramenait cette gomme qu’on appelait « lagracha ».


Abdelmajid Mana.

GSM.06.70.27.14.12 ; E-mail: mana35@hotmail.fr

Maison du 18ème siècle sise rue Agadir : l’appartement situé au 2ème étage avec entrée indépendante, comprend quatre chambres, un grand salon, une cuisine équipée, trois salles de bain. Avec une capacité d’accueil de 10 personnes. Selon les saisons le tarif est le suivant : en basse saison, 700 euros par semaine, et en haute saison,  900 euros par semaine

La deuxième porte donnait sur les étages : le premier pour la famille, le second pour les invités. Ce dernier était souvent  le plus beau avec vue sur la baie. On l’appelait manzah, mot qui signifie « vue panoramique » justement. A l’époque, il n’y avait pas d’hôtels et les voyageurs de passage étaient reçus : soit au  manzah des négociants, soit à la « douiriya » (maisonnette mitoyenne à la maison ou dar). En effet, partout ailleurs dans l’ancienne médina, chaque  foyer disposait de deux maisons adjacentes : dar (ou maison) pour la famille et et douiriya (maisonnette) pour les célibataires et les invités.

Le rez-de-chaussée des maisons-entrepôt se caractérisait par d’énormes arcades en  pierres de taille (manjour), matériau  au fondement de l’ancienne kasbah et des fortifications du port. Dans l’hinterland d’Essaouira, on retrouve encore aujourd’hui d’excellents tailleurs de cette roche de sable, à Had Dra, Akermoud et Tamanar en particulier. Ces rez-de-chaussée étaient hauts de six à huit mètres pour y entreposer suffisamment de marchandises. Il faut donc que ça soit grand mais aussi que ça soit solide : leurs plafonds étaient en bois de thuya, qu’on appelle tassiout en berbère. Ce dont  les européens raffolent maintenant en les imitant même pour leurs salons. C’est le plafond berbère par excellence, à base de baguettes en thuya de soixante centimètres soutenues transversalement par des poutres en madriers de thuya également.

Le meilleur exemple de ce type d’entrepôt à Essaouira, c’est le restaurant  El Menzeh : avec ses énormes arcades en pierres de taille, son très haut plafond en tassiout, le mur badigeonné en blanc. C’est à la fois simple et beau. Il n’y a pas cette profusion de Zellidj, de couleurs, de calligraphie, et de dessins géométriques et floraux qui caractérisent les Riad de Fès ou de Marrakech. Aujourd’hui, paradoxe des paradoxes, les européens préfèrent de loin ces lieux rustiques et simples, que sont les anciens entrepôts d’Essaouira aux prétendues Riad avec des tas de zellidj et de décorations.

Maison traditionnelle d’Essaouira

Maintenant, on a installé un restaurant  dans ce rez-de-chaussée en ajoutant de la déco, de la lumière, et à l’étage, on a mis des chambres un peu partout. C’est cela qu’on a appelé abusivement Riad. Or Essaouira est une ville récente et maritime et le vrai Riad est un legs andalou caractéristique des villes impériales comme Fès et Marrakech. C’est quoi un Riad ? C’est un mot arabe qui dérive de « Raoud » qui signifie « jardin » ou encore mieux « jardin de l’Eden ». Le modèle est andalou : il s’agit d’un patio avec jardin et fontaine. Carré magique, sourate Coranique : de l’eau, on a créé toute chose vivante. Le Riad est une demeure à patio avec arcades entourant jardin et fontaine où la lumière descend d’en haut. Lumière de la lune, des étoiles et du soleil, mais aussi lumière divine inspiratrice de rêverie et de méditation en ce lieu où chantent les oiseaux dans les arbres et où ruisselle l’eau dans la fontaine. Ciel ouvert avec oliviers, orangers, figuiers et palmiers. Les arbres du paradis et de la Méditerranée par excellence. Mais aussi bananiers et pommiers venus d’ailleurs.

Comme pour le modèle musical médini (M.M.M), le Riad est d’inspiration andalouse. J’irai encore plus loin que les andalous. Tu trouves cela chez les romains, en fait : la structure de cette maison en carré avec à l’intérieur un jardin et en dessous une citerne – comme la citerne portugaise d’El Jadida. Dans notre maisons d’Essaouira , on a aussi des citernes, avec arcades. Petit, je suis descendu à sa citerne située au sous-sol et j’ai vu des arcades en pierres de taille comme le reste de la maison. Ce modèle d’architecture est romain : avant de mettre un jardin au-dessus de cette réserve d’eau, on mettait en place toute un système ingénieux et invisible de canalisation qui conduit délicatement les eaux de ruissèlement de la terrasse jusqu’au sous-sol où l’on puisait l’eau pour arroser le jardin. A Essaouira, les seuls véritables Riad appartenaient aux caïds de la région et le savoir-faire venait de Marrakech qui n’est pas loin. Les véritables maisons d’Essaouira avaient certes une citerne au sous- sol, pour laver le linge et autres travaux ménagers, mais sans jardin ni fontaine.

Un Riad est donc « un jardin intérieur » à ciel ouvert. Autour du carré de ce jardin s’organisent toute une série d’arcades et de chambres. Son rez-de-chaussée  se distingue par la présence d’une cuisine et d’une immense pièce où le maître de la maison reçoit ses amis et ses invités. Les femmes et les enfants sont à l’étage. Or, nous avons une situation tout à fait inversée dans la cas de la maison-entrepôt d’Essaouira, où la réception des amis et des invités se fait plutôt au deuxième étage, avec son menzeh et sa vue panoramique sur mer. Le spectacle qui repose les sens et invite à la méditation n’est pas le jardin de l’Eden, mais l’océan de lumière. A Essaouira, il s’agit plutôt d’un jardin suspendu dans les hauteurs : pots de basilics et de géranium avec vue sur la baie. Au Riad classique  de Marrakech ou de Fès, le lieu de villégiature et de spectacle, c’est le rez-de-chaussée. Au menzeh d’Essaouira, il faut monter plus haut pour voir la mer. Là-bas, c’est le Riad, à Essaouira, c’est plutôt le menzeh (vue panoramique et aérienne sur mer).


Quand on est dans la médina, bien souvent, les maisons n’ont aucune ouverture sur l’extérieur. La lumière descend d’en haut. Or dans les maisons juives d’Essaouira : partout les fenêtres sont grandes ouvertes au dessus du niveau des remparts et donnent sur la mer. Car, on n’avait pas à cacher la femme. Dans certaines rues importantes comme celle des Alouj (les anciens convertis issus des prises de mer de la piraterie barbaresque  qui travaillaient comme canonniers à la scala du port et de la mer), il y a même des balcons. C’est la maison typique des négociants juifs et des consuls chrétiens établis à Essaouira dés sa fondation en 1764. Alors que les maisons musulmanes se caractérisent par des façades aveugles, avec petite porte d’entrée, donnant sur un véritable paradis, avec son puits de lumière venant d’en haut. expression de cette pudeur selon laquelle la femme ne doit pas se montrer, se dévoiler.

Si Mohamed Mana qui a pris la relève dans l'atelier de notre père...

Maâlam Tahar Mana, doyen des  marqueteurs d'Essaouira, mon  père 


D’où vient donc le mot Riad ? Dans le Coran, il signifie « jardin du paradis ». Par ces jardins intérieurs, les hommes veulent reconstituer en quelque sorte  un petit bout de paradis sur terre. Ils vont  y mettre des plantes exotiques et  sacrées qu’on retrouve dans le Coran. Souvent un olivier, un figuier et un pommier. Les fruits dont on se nourrira dans l’Eden. Ils reconstituent ainsi, quelque part,  ce bout de paradis dont chacun rêve après sa mort. Le cimetière porte aussi le nom de jardin : Raouda. D’ailleurs les cimetières qui se trouvaient au pied des remparts de l’ancienne médina – comme ceux de Bab Marrakech malheureusement rasés par la municipalité d’Essaouira au tout début des années 1980 – étaient tellement couverts de végétaux qu’on ne voyait plus les tombes. Le cimetière était un véritable jardin. On laisse les plantes folles l’envahir. Cela était vrai pour les anciennes médina comme Essaouira,  Marrakech ou Fès, mais cela l’est aussi pour la campagne : au cimetière d’Aït Daoud, le souk du miel de thym, que j’ai visité récemment et dont j’ai les photos, on permet à toutes les plantes de se développer à leur guise.


Chez nous, on désigne donc le cimetière  par le mot « jardin » et non pas maqbara (lieu d’ensevelissement) comme c’est le cas dans d’autres villes. Mais je trouve très beau qu’à Essaouira, on dise Raouda (jardin). Alors qu’à Casablanca qui est une ville anonyme, on dit plutôt maqbara (lieu d’ensevellissement). On dit maqbara Chouhada (sépulture des martyres), mais pas Raouda (jardin), un mot beaucoup plus apaisant et moins dramatique. A Essaouira, qui est une ville enracinée, souvent, le cimetière est un jardin.  Et quand on dit « jardin », dans l’inconscient collectif, on met tous les morts à égalité et on leur souhaite à tous de rejoindre le paradis.

Abdelmajid Mana


[1] Vue panoramique sur la mer


Si Mohamed Mana qui a pris la relève dans l'atelier de notre père.

Abdelmajid Mana: GSM: 06.70.27.14.12

E-mail: mana35@hotmail.fr

Tags : maison d’hôte à Essaouira, riad, séjour, randonnée

Essaouira, ville à vivre

Essaouira, au temps des caravane de Tombouctou et des caravelles de la lointaine Europe

Plan de la médina d’Essaouira
Reportage photographique d’Abdelmajid Mana

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