hommage à Mustapha Salamat qui vient de nous quitter

 

Mustapha Salamat décédé ce lundi 3 octobre 2011

Mustapha Salamat est à gauche de l’image.Au milieu c’est Tayeb Saddiki, qui est toujours parmi nous

L’amour qui est un beau prétexte pour venir au monde 

ne le serait-il pas pour le quitter ?

Poème de Moubarek Erraji, 

Et brusquement, j’interpelle mon corps, (mon moi)…

Pouvons-nous oublier notre petite expérience d’ici-bas ?

J’ai maintes fois retourné la question,

Des amertumes, des futilités et l’absurdité de la vie

Ses rêves, ses femmes et ses blessures d’amour

J’ai maintes fois parcouru les continents

Semelles ensanglantées, l’azur me filant d’entre les doigts

 Et brusquement, j’interpelle mon corps, (mon moi)…

Pouvons-nous oublier notre petite expérience d’ici-bas ?

Allons-nous ajouter à la poussière une autre triste poignée de sable ?

Que feront de nous les maçons ?

Ecouterons-nous siffler le sinistre hululement au dessus de nos crânes ?

Le vent nous dispersera avant même notre métamorphose et notre disparition 

 Allons –nous demander au vent de nous déposer là

Pour que nous puissions à nouveau marcher

Boire notre dernière tasse de café

Caresser la chevelure d’une femme qui passait par là

S’enivrer de ses idées sur l’amour, voir par la lucarne de ses rêves

La tête enveloppée de la nuit et du vent

Comment pouvons-nous lui chuchoter la langue des langues

Lui insuffler notre alliage enflammé ?…

 Allons-nous ajouter à la terre, une autre triste poignée de sable 

D’où surgirait cet arbre où ne s’arrêterait aucun oiseau migrateur

Dans sa folle course à travers les continents

Un arbre juste né pour les flammes…

 

Abdellah Oulamine

 

Comment ô mon corps as-tu poussé ton premier cri de vie  

Après l’improbable fécondation spermatozoïdale  

Alors que mon père était dans les nues 

Et que ma mère emportait les tempêtes d’une main à l’autre ? 

D’une flèche d’amour la vie a surgi 

D’une cellule l’autre, d’un fourmillement de nerfs, l’autre 

Tandis que mon père et  ma mère ont fermé leurs yeux 

J’ai ouvert les miens au fond des entrailles

Abdellah Oulamine

Comment, ô mon corps nous sommes parvenus 

A toucher leur rêve fuyant comme la nuit touche aux étoiles ? 

Nous étions incapables d’expliquer tout cela à notre merveilleuse mère 

Même s’il nous arrivait de sonner le glas de l’univers 

A l’intérieur même de ses entrailles 

Est il arrivé que notre mère attribue toute cette agitation 

Aux rêves vibrants, aux signes obscurs 

Annonciateurs de notre désir de naître prématurément 

Pour jouer aux bulles de savons 

En papotant de joie dans un bain de mousse 

Comment avec le cri primordial 

Nous sommes parvenus à jeter nos souvenirs en dehors de son utérus ? 

Nous ne nous souvenons de rien.

 

Abdellah Oulamine 

Y  aurait-il en l’air un principe d’oubli ou une goutte d’eau issue du fleuve de Platon ? 

Y aurait–il face à chaque syllabe que nous apprenons, une autre qui n’aurait pas lieu d’être ? 

Est–ce le premier exil de l’être ? 

Est–ce en naissant, nous mourrons en même temps ?  

En cette nuit mon père était nuageux 

Tandis que ma mère transportait les tempêtes d’une main à l’autre 

D’un fourmillement de nerfs à l’autre 

De l’arc d’un œil amoureux, ils ont décoché la première flèche de vie 

L’amour qui est un beau prétexte pour venir ne le serait-il pas pour partir ?  

Parmi toutes ces improbables fécondations spermatozoïdales

Comment ô mon corps as-tu pu surgir à la vie? 

Le sperme infécond nous demande :  

– Vos pas étaient–ils prêts pour l’éclair ? Nous sommes revenus au néant parce que nous avons compris l’inutilité de la compétition.  

– Sperme, première gouttelette du genre humain, est–ce que le désespoir ne vous a pas encore saisi ?  

– Parfois le désespoir nous atteint quand le cri de vie se métamorphose en cri des morts. Il arrive que le cheikh Al Maârra Al Naâman , se transforme en minaret d’ascèse. Quand les autres, sur cette terre, ne veulent pas comprendre que l’amour qui est une raison suffisante pour venir pourquoi ne le serait-il pas pour partir ?  

Il n’est pas aisé ô mon corps, que le soleil à travers son signe lumineux dise à l’univers :  

–  Vous êtes plus beaux que les anges parce qu’ils n’ont pas expérimenté la douleur. Vos pas sont plus beaux que mes rayons. Alors que vous êtes tous jeunes, vos questions  m’incitent à vous attirer vers moi, s’il n’y avait toutes ces éternelles chaînes d’or qui me retiennent là haut, s’il n’y avait cet empressement de la nuit à succéder à mes jours. L’amour est une raison merveilleuse pour venir et pourquoi ne le serait-il pas pour partir ?  Là où la délectation de l’inconnu ne reconnaît qu’elle-même et ne s’avoue que pour les questionnements brûlants et éternels

Traduit de l’arabe par Abdelkader Mana

 

 

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