» la musique dans la vie « ,

une émission en voie de disparition sur 2M

Les failles de la programmation


Depuis 1998, et jusqu’à aujourd’hui, 2M diffuse et rediffuse, par intermittence, une série de documentaires ethnographiques sur les musiques du Maroc profond et inconnu. Cette émission intitulée “la musique dans la vie”, vise à restituer au Maroc musical, du Rif au Sahara, sa portée esthétique et identitaire en replaçant chaque genre musical, dans son contexte social, culturel et historique.
Une démarche qui va à l’encontre de la “folklorisation” à laquelle donne généralement lieu le patrimoine musical – aussi bien rural qu’urbain- quand il est présenté en dehors de son contexte.

Réduction

Aujourd’hui, le constat amer est que feuilletons et autres sagas semblent avoir plus le droit de cité que les documentaires sur le patrimoine marocain. En effet, le nombre de documentaires planifiés en 2001 fut réduit de moitié -passant de 8 à 4 documentaires par an- et la rémunération par documentaire de l’ethnomusicologue qui en supervise la production fut également réduite de moitié.


Malgré cette réduction drastique quatre documentaires ont pu être réalisés mais non diffusés à ce jour. Ces documentaires portent sur les rythmes et les danses des houara, les feux de joie de Marrakech, les Seksawa du haut Atlas -sur les traces de Jacques Berque- et enfin la flûte enchantée du pays Haha, avec les rythmes étranges et beaux des “Almaghost”, tribu visitée aux contreforts d’Imin Tanoute, par le géographe arabe Al Bakri lorsqu’il se lançait au 11ème siècle à la découverte de Tombouctou.


La production de six autres documentaires était prévue et devait porter cette fois-ci sur le moussem des Hamadcha à Essaouira, ainsi que sur les musiques du Gharb et du Rif.
Mais cette fois ici la rémunération de l’ethnologue qui en supervise la production fut réduite de 2/3 par rapport au contrat initial de 1998 : mission impossible à réaliser. En fait, c’est une manière comme une autre de mettre fin à l’émission, pour des raisons de forme, sans avoir à s’expliquer sur le fond, -puisqu’au Maroc tout le monde est censé défendre le patrimoine culturel national- le droit de cité des cultures régionales, en particulier rurales, à la télévision publique.


Faute de produire de nouvelles émissions de qualité sur le patrimoine, 2M se rabat sur des rediffusions -y compris d’anciens épisodes de “la musique dans la vie” produites sous l’ancienne direction et rediffusées à satiété ces jours-ci sans le moindre droit d’auteur- pour donner l’illusion d’une production nationale, réduite de facto à l’état d’“appendice”.

Illusion

Le patrimoine marocain a droit à notre respect, et les téléspectateurs ont droit à un produit de qualité. La chaîne n’aurait pu maintenant rediffuser les anciens documentaires s’ils n’étaient pas de qualité. Or si jadis, on a pu produire des documentaires de qualité, c’est parce que la ressource humaine “pouvait s’épanouir localement sans avoir à chercher ailleurs”.

Un documentaire a un coût, un temps nécessaire à sa production et une qualification requise de ses producteurs. En deça de quoi, on peut tout produire, sauf un documentaire.

Abdelkader Mana

Ecrivain-ethnomusicologue


Article paru à « Maroc-Hebdo »

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