La musique dans la vie: le Haut Atlas central

du Lundi 9 janvier à 15h20 au Mardi 10 janvier à 01h55.

Aux premières approches du printemps, lorsque la température se fait plus douce, que les cols de l’Atlas sont débarrassés de leurs neiges et que les troupeaux, bien nourris, donnent un lait abondant, des troupes ambulantes de poètes berbères descendent des montagnes vers la plaine. La troupe se compose d’un boughanim (l’homme à la flûte), joueur de flûte, musicien, bouffon, baladin qui représente dans la troupe l’élément comique, et de deux Imdyaezn ou poètes ambulants sachant se servir habilement du tambourin à peau unique, allun.

Le répertoire des aèdes (Imdyaz) est intiment lié par son contenu à la vie agricole et pastorale :

L’amour m’habite comme une corvée des moissonneurs
Qui manient les grandes faucilles du Tadla
L’amour m’habite comme un attelage de chameaux
Laboureurs ou pâtres dressent leurs tentes
Mais restera sans foyer le tambourinaire

la vie pastorale scande ainsi les saisons et les jours depuis le Dir (Pièmont) à la charnière da la plaine du Tadla jusqu’aux cimes enneigées du Haut Atlas central. Souvent une même faction occupe plusieurs étages écologiques avec un territoire en montagne et un territoire en plaine. La maison en plaine pour la période des activités agricoles (semences, labours, moissons), et la maison en montagne pour le pastoralisme. Il a fallu aux français vingt ans d’opérations militaires pour assurer la pacification de la région la plus difficile, l’Atlas central, qui a constitué le foyer permanent de la dissidence anti-coloniale.

Partout où il neige, la vie devient impossible en hiver. Les montagnards descendent alors dans la zone plus basse de l’Azarar. La stratégie militaire de la colonisation française consistait à bloquer ce mouvement de va et vient séculaire entre la montagne et la plaine en empêchant les pasteurs nomades de descendre en hiver des zones d’alpage vers l’Azarar. Tandis que l’armée française occupait l’Azarar, les pasteurs nomades se réfugiaient avec leurs troupeaux dans le Haut-Atlas. Les moutons moururent ainsi par centaines pendant le rigoureux hiver 1922-23. Et c’est une population très appauvrie qui dut alors faire acte de soumission pour recouvrer ses terres de labour. Ces déplacements saisonniers, qui amenèrent les tribus à plus de 100 kilomètres de leur habitat, n’ont pas seulement un simple intérêt géographique puisqu’ils éclairent d’une vive lumière toute l’histoire du Maroc.

Pendant la phase initiale de la conquête militaire, les cavaliers marocains avaient constaté l’effet désastreux qu’avaient fait les obus d’artillerie sur la cavalerie lorsqu’elle chargeait en masse compacte, notamment dans le Tadla.

Quand explose la bombe en plaine
Les cavaliers s’enfuient au galop
Comme lorsque fond le chacal sur le troupeau
C’est la montagne qui t’informe, ô col du genévrier
Voilà le Roumi qui se dresse devant vous
Est venu le temps de le combattre
Deviens rebelle montagnard
Monte au delà, préférable est la gelée blanche
A la domination du chrétien !…
S’il ne sait mettre baïonnette au canon
Affectons-le donc à la garde des moutons !

Les deux principales danses de l’Atlas sont l’Ahouach et l’Ahidûs. A l’est et au nord de l’Atlas, c’est le pays de l’Ahidûs, à l’ouest et au sud, c’est celui de l’Ahouach. La frontière précise entre les deux types de danse passe par les sommets de Rat et de l’Ighil M’Gin, à l’est du pays des Aït M’Gun.

Ahidûs et Ahouach ne sont que deux des nombreuses formes musicales connues par lesBerbères de la montagne. Ahidûs et Ahouach ont en commun d’être de la musique du village, chantée par des chœurs, accompagnés par une batterie de tambours sur cadre et de claquements de mains.

Le boughanim (homme au roseau) des Aït Bouguemmaz qui nous a servi de fil conducteur, joue d’une clarinette double en roseau (aghanim) qu’il utilise pour la danse mais aussi comme instrument d’appel. En se rendant sur la place du village, il signale sa présence, ainsi que celle de ses compagnons aux gens du village et les invite à se rassembler. Les Imdyazen qui l’accompagnent sont à la fois poètes et musiciens. Ils sont issus pour l’un de la tribu des Aït Abbas et pour l’autre de la tribu des Aït Bouwali.

Chaque année, ils empruntent un des itinéraires traditionnels qui leur fait visiter les principales tribus de la montagne. Lorsque la troupe est arrivée au pied de l’Ighrem – qui sert à la fois d’abri aux habitants, et de grenier fortifié pour les grains et les provisions car les transhumants n’emportent dans leur déplacement hivernal que la plus faible partie de leur récolte, Boughanim vante les qualités et la générosité du maître des lieux. C’est que leur mémoire garde précieusement le souvenir de ceux qui, dans leurs précédentes tournées, auront eu la main large.

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