La musique dans la vie

Idernan, la fête de l’Anti-Atlas, Samedi 13 mai à 14h10.

« A l’herbe des prés, l’amandier en fleur a dit : A quoi bon désirer l’eau ? ش fleur, voici l’abeille ! »

Lorsque les amandiers en fleurs donnent aux vallées de l’Anti-Atlas leur aspect presque riant, et au moment où commence le gaulage des olives, la fête des Idernan a lieu juste après le jour de l’an du calendrier julien. C’est « Rass El âm », cette « porte de l’année agricole » qui s’ouvre au premier jour du calendrier julien –correspondant au 13 janvier – et donne le coup d’envoi des fêtes saisonnières qui permettent aux vallées de l’Anti-Atlas de passer progressivement de la léthargie hivernale à la renaissance printanière. Comme les petites pousses en cette période ont besoin de pluie, ces rituels sont en fait autant de prières de rogations.

Pour assister à la fête des Idernan, nous nous sommes rendus au village de Tagdicht, au sommet de Jbel El Kest qui surplombe Tafraouat et la célèbre vallée d’Ammeln. Le village escarpé de Tagdicht fait partie de la tribu des Aït Smayoun qui fêtent les Idernan après Igourdan et Taguenza. Et voici, selon le chef du village, pourquoi cette fête commence à Igourdan : « Il y avait la famine, et on guerroyait entre villages, entre tribus. Les Ouléma du Souss se sont alors réunis à Igourdan.

Ils ont cherché à établir une trêve pour que les gens puissent faire leur marché en paix. Ils ont appelé cette trêve la « trêve d’Idernan ». Deux représentants de chaque douar avaient signé ce pacte qui stipule que quiconque veut aller à un douar ne doit pas être porteur d’une arme. Cette fête mettait aussi fin à l’opposition entre le « leff » des Tahougalt et celui des Tagouzoult.

Ces deux « leff » ont toujours été en opposition dans le Souss. Idernan est donc venu comme une fête qui marque la fin des hostilités entre les deux « leff ». On fête Idernan en offrant des crêpes aux invités. Les femmes arrivent le jeudi, les hommes le vendredi. On commence à danser l’Ahouach l’après-midi et on termine tard le soir. »

Au jbel El Kest, les Aït Smayoun célèbrent la fête des beignets, une fête que célèbrent aussi, à tour de rôle, la plupart des tribus de l’Anti-Atlas ; les Ammeln, les Aît Souab, les Ida Ougnidif, les Ida Ou Samlal, les Ida Ou Baâkil… La fête des Idernan (beignets faits de pâte molle que l’on cuit dans un plat à pain enduit au préalable d’huile d’Argan) commence chez la tribu des Ida Ou Samlal le 15 janvier.

Les autres tribus la célèbrent à leur tour et cela dure jusqu’à la mi-mars. Chez les Aït Souab, on fête les Idernan le 12 février. C’est une fête qui dure trois jours : le jeudi, le vendredi et le samedi. Au second jour de la fête, la fraction se réunit en un lieu choisi et y fait Ahwach.

Après avoir mangé ses Idernan, la tribu se rend à la grande place d’Assaïs pour y chanter, danser et faire ses vœux. On dit alors : « S’il pleut au moment d’Idernan, l’année agricole sera bonne, parce qu’à cette époque, l’orge a soif ».

Autre coutume de ces tribus de l’Anti-Atlas : la fête annuelle des R’ma, confrérie de tireurs. Les membres de chaque fraction se réunissent chez leur chef et exercent leur adresse après avoir festoyé et psalmodié la prière d’usage. Cette tradition des R’ma est en voie de disparition parce que dans ce creuset de l’émigration, dans beaucoup de villages, il ne reste plus au pays que les femmes et les enfants.

Les hommes qui vivent du commerce dans les villes côtières et à l’étranger reviennent pour cette fête saisonnière pour marquer leur attachement à leurs racines culturelles, mais ils ne sont plus les dépositaires des traditions culturelles locales : Ils font appel pour l’Ahouach à des hommes venus de tribus qui sont restées plus attachés à la terre nourricière. Les femmes participent à la fête en se couvrant du « Chach », ce voile collectif qui semble être une tradition inspirée par les zaouias et les vieilles écoles coraniques de la région. Ce voile collectif imposé par les hommes limite l’expression chorégraphique des femmes.

Le Souss se répartit ainsi en deux sortes de tribus : celles dont l’Ahwach des femmes se déroule sans voile et qui excellent dans la danse et le chant tel « Ighrem ». Et celles dont l’Ahouach des femmes est recouvert d’un voile collectif comme on a pu le constater à Aït Smayoun. Ici le corps des femmes est marqué d’interdits. On nous a même empêché de filmer les femmes spectatrices ainsi que l’espace intérieur réservé aux femmes. De manière symbolique, le seuil (Atba) marque encore la limite à ne pas franchir.

Grâce à ce fabuleux voyage dans l’Anti-Atlas, pays des Agadirs et des Ighrems, greniers collectifs séculaires, nous rendons hommage à l’enfant prodige du pays : le poète Mohammed Khaïr-Eddine et au grand Mokhtar Soussi.

La Musique dans la vie:

Au bord de la Moulouya, dimanche 24 août à 00h10

En ce mois d’août, une série de documentaires ethnographiques nous convie à découvrir le patrimoine musical de quatre régions du Maroc rural. En replaçant chaque fois ces musiques dans leur contexte historique et culturel, on découvre un Maroc à la fois mystérieux et attachant et, en fonction du mode de vie, les cadres sociaux de la mémoire changent d’un contexte à l’autre. Au bord de la Moulouya,..

Echappée aux plis orientaux du Moyen Atlas où elle a sa source, la Moulouya irrigue de riches oasis, qui interrompent la monotonie désolée de ces steppes de l’Est, ce pays de l’armoise et du vent. C’est par ces paysages steppiques aux environs de Guércif que commence véritablement l’Oriental marocain, qui s’oppose par son aridité aux plaines verdoyantes et humides du Maroc atlantique. Ici, on ressent davantage les vents d’Est de la steppe que les vents d’Ouest du Gharb.

C’est le territoire des Hawwâra Oulad Rahou, ces pasteurs nomades, attestés à l’Est de Taza, bien avant l’avènement des Idrissides. Ils firent partie des premiers berbères Zénètes qui accompagnèrent Tariq Ibn Ziad dans sa campagne de L’Espagne. Guercif n’est que le centre d’échange entre le Tell et les Hauts Plateaux. Son intérêt de lieu d’échange entre Maroc occidental et Maroc oriental prendra davantage d’ampleur avec la construction maghrébine.

Ce passage de l’Algérie au Maroc occidental, a été suivi par toutes les migrations en provenance de l’Est, y compris celle des Hawwâra Oulad Rahou, cet ilot arabophone d’origine Zénète. Gercif est un toponyme berbère qui signifie «Lieu de rencontre entre deux oueds»; celui de la Moulouya et celui du Melloulou, qui irriguent oliveraies et jardins potagers alentour.

La Musique dans la vie:

TAZA SENTINELLE DU MAROC ORIENTAL

(1ère partie) Dimanche 6 juillet 2008, à 00h00

(2ème partie) Dimanche 13 juillet 2008, à 23h25

Taza est l’un des rares site soù l’on peut témoigner de la continuité de la présence humaine depuis la préhistoire.Les grottes de Taza étaient habitées dés le néolithique, comme l’attestent les fouilles de la caverne de Kifane el Ghomari.On peut parler ici d’un véritable complexe archéologique, comprenant des cavernes qui étaient habitées par l’homme ancien et que nous appelons les troglodytes de Taza. Lorsque l’Islam s’implante au Maroc, Taza avait déjà un long passé: elle était à tout le moins, l’Agadir et la nécropole d’une tribu ou d’un groupe de tribus berbères. La seule chose sûre est que Taza est antérieure à l’islamisation du pays, soit à l’an 800.

Taza existait déjà lorsqu’Idriss 1er s’installa dans le Maroc du Nord : il passera à Taza, peu avant sa mort, en 790.

Les traditions locales attribuent la construction de Taza aux Miknassa. Tous les historiens musulmans s’accordent à dire qu’à l’emplacement de Taza, il y a eut d’abord un Ribât. D’après Ibn Khaldûn, ce Ribât, sorte de forteresse aux frontières occupée par les volantaires de la foi, a été fondée par les Meknassa du Nord, sous le règne d’Idriss 1er (788-803) qui islamisa les Ghiata et autres tribus berbères de la région de Taza.Le Ribât de Taza qui a servit de fondement à la ville du moyen-âge ne devait comprendr, en fait de constructions, que l’enceinte en pierres et une mosquée,  dont le minaret de Jamaâ el Kébir serait le seul vestige. Les pieux guerriers, chargés de défendre les frontières de la terre d’Islam, vivaient sans doute à l’intérieur des murs. Après la prise de possession par l’Almohad Abdelmoumen, le Ribât devient une ville qui porte le nom de Ribât de Taza. Les travaux auraient été ordonnés par Abdelmoumen, en 1135. Du point de vue archéologique, le passage des Almohades est marqué à travers deux monuments historiques essentiels: la grande mosquée de Taza et le grand rempart qui l’entoure. L’enceinte enveloppante était, selon les chroniqueurs, tel le halo encerclant la lune.

En berbère, le toponyme de Taza signifie: l’Agadir, le magasin collectif perché sur un éperon facile à défendre. Cet éperon rocheux, tout creusé de grottes, domine des plaines et des vallons riches en eau courante, a de très bonne heure retenu les hommes. Le seul passage étroit entre le Rif et le Moyen Atlas était le lit de la rivière Innaouen qui passe au pied du piton rocheux sur lequel on avait construit Taza. D’où l’intérêt stratégique de cette dernière qui contrôlait ainsi le passage entre le Maroc oriental et le Maroc occidental. Elle pouvait obstruer le passage à l’ennemi héréditaire venant de l’Est. C’est dans la région de Taza que se trouvent les premières tribus berbères arabisées et islamisées du Maroc que sont les Tsoul, les Ghiata et les Branès.Ces derniers sont cités par Ibn khaldoun comme faisant partie des premiers berbères que sont les Botr et les Branès. Les Ghiata et les Béni Waraïn représentent les vieilles populations stables de ces montagnes.

LES BRANES AU TEMPS DES MOISSONNEURS

Dimanche 27 juillet 2008, à 23h35

L’oued Lahdar traverse tout le pays Branès, depuis la vallée de l’Innaouen jusqu’au mont de Taïnest. C’est l’un des principaux affluents qui se déversent depuis les contreforts rifains sur l’oued Innaouen au fond de la trouée de Taza. De même que le drainage rattache le couloir de Taza au Sebou du côté Ouest, il le rattache au Moulouya  du côté Est. La vallée de l’oued Innaouen recueille ainsi toutes les eaux du pays au niveau du barrage Idriss 1er. Cette brèche est une ligne de partage des eaux.

La route et le chemin de fer de Fès à Oujda via Taza, passent par la voie de l’Innaouen. En 1914, pour obtenir, cette jonction entre Maroc Oriental et Maroc Occidental, il a fallu à la France, non seulement vaincre les obstacles naturels, mais briser par la force la résistance des nombreuses tribus environnantes dont celle des Branès.

Au moment de la conquête Arabe les plus importantes confédérations de tribus Branès sont, selon Ibn Khaldoun, celles des Awraba, des Houara et des Sanhaja, qu’on retrouve encore aujourd’hui au voisinage de Taza.

La tribu actuelle des Branès est un résidu de l’une des deux grandes familles qui ont constitué la nationalité berbère :  Les Botr et les Branès. Ibn Khaldoune revient souvent sur cette dichotomie, qui lui sert à la fois à classer les tribus et à ordonner l’histoire du Maghreb, lorsqu’il évoque les évènements de la conquête arabe à la fin du 7ème siècle.

C’est à ce moment là qu’entre en scène le chef berbère Koceila qui appartient au groupe ethnique des Branès et à la tribu des Awraba. Koceila est l’un des trois héros de l’histoire de la conquête, avec Oqba et la Kahéna. Grisé par sa victoire, Koceila s’empara de Kairouan en 683. L’armée arabe le pousuivit jusqu’au Moulouya, et ses soldats Awraba ne s’arrêtèrent qu’à Volubilis. Beaucoup d’entre eux iront, par la suite, s’établir dans la région de Taza où on les trouve toujours, dans cette contrée verdoyante du pré-Rif, où poussent drus l’herbe et le bois épais.

Ici, chanter, c’est semer la parole sage. Le poète, tel le journaliste de la tribu, traite de toutes les préoccupations de la vie quotidienne : cherté des prix « qui brûlent au souk », pénurie d’eau, sécheresse, ou encore conflit du Moyen-Orient.

ABDELKADER MANA

Article paru dans la page « Temps forts » du magazine de la deuxième chaîne. Publié le : 15.08.2008 | 16h45

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