« Le magazine de la deuxième chaîne ne signe pas les articles que je lui confie, et utilise des extraits de mes commentaires pour les séries qu’elle diffuse. » Abdelkader MANA


Sur 2M « La musique dans la vie: les cantatrices du désert »

Sektou, la plus belle des voix !
Nul ne peut égaler son jeu de harpe
C’est sa belle voix qui ouvre les veillées musicales du désert
C’est à la digne héritière du grand Saddûm Wall N’dartou
Que je dédie mes poèmes !

Le modèle des cantatrices du Sahara est incontestablement la célèbre Sektou qu’évoque le poète. C’est au 18ème siècle que Saddûm Wall N’dartou allia la forme poétique de la qasida à un nouveau style musical divisé en deux voies, l’une blanche et l’autre noire.

Le premier style musical est de caractère arabe et le second est inspiré de la musique des Noirs. La cantatrice accomplie se reconnaît à la parfaite homogénéité qui existe entre sa technique vocale et instrumentale. Non seulement sa harpe parle clairement, mais aussi elle imite parfaitement la harpe avec sa voix.

Au Sahara, la harpe, dénommée « Ardine » est du domaine féminin, et le luth dénommé « Tidinite » est du domaine des hommes.

Grand retour de l’émission « La musique dans la vie », sur 2M

LE CHANT DES DUNES

Par Taieb CHADI

« La musique dans la vie » est de retour sur 2M. Lors de sa diffusion en ramadan dernier sur l’antenne de la deuxième chaîne, l’émission de l’écrivain Abdelkader Mana n’est pas passée inaperçue.

En ce mois de mai,  » La musique dans la vie » revient avec deux documentaires sur les musiques du Sahara marocain

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Le premier intitulé  » Le chant des chameliers », consacré aux musiques de Oued Noun a été diffusé le 7 mai ; le deuxième, « Les poètes errants » qui rend hommage à la poésie nomade de Sakiet al Hamra, sera diffusé le 14 mai prochain.
Abdelkader Mana et son équipe ont essayé de remonter la légende des chants des chameliers. Celle qui prétend que Oued Nouq ( La rivière des chameliers) était la porte du Sahara.

Au Sahara marocain,  » Le chant des chameliers » est appelé « Al Hoaul ». Ce vocable hassani désigne doublement la forte émotion et la terreur sacrée que provoque le sentiment d’esseulement et de solitude face au grand néant peuplé de dunes de sables et de silence éloquent.

« Al Haoul », c’est donc cette poésie qui raconte et décrit l’amour du chamelier pour sa bien aimée, nomade. Le « pauvre » chamelier se recueille religieusement devant ses vestiges. Il se rappelle, se lamente devant des ruines. Celles de sa bien aimée. ça nous rappelle  » Al Atlal » , prologue classique des grands poètes de l’ère de Jahilia (avant l’avènement de l’Islam). À ces chants, assure Ghazali, même les chameaux ne restent pas insensibles. En les entendant, ils oublient le poids de leurs charges et la langueur du voyage, « ils étendent leur cou et n’ayant plus d’oreilles que pour le chanteur (…). Ils sont capables de se tuer à force de courir ».

À travers cette émission, Abdelakader Mana a sommairement retracé l’histoire des caravanes et des caravaniers. Il y a des années, hommes et troupeaux étaient obligés de parcourir jusqu’à mille kilomètres. Leur carrefour étaient Souk Mhirich qui se tient toujours chaque Samedi à Guelmime. Jadis, marché de dromadaires où les commerçants de la Mauritanie comme ceux de Mali troquaient leurs marchandises. Ce souk était aussi un lieu d’échange culturel, ce qui a donné lieu à un métissage. Ce métissage est encore observable chez les Ganga de « Borj Bayrouk » ou l’on joue à la fois du tambour africain que de la flûte et du « bandir » berbère. Quant aux chants, ils sont scandés en dialecte hassani.
Sur le plan des instruments de musique, on distingue à Oued Noun la flûte oblique, appelée « Zozaya », et la Gadra pour la percussion, tandis que à Sakiet al Hamra, on recourt à la flûte traversière, dite « Nifara » et la « Tidnite », instrument à corde typique aux griots de mauritaniens.
Donc entre la musique d’Oued Noun et Sakiet al Hamra, il y a au moins deux points en commun : la poésie hassani qui jouit d’un grand prestige, et le « Tbal », grosse timbale-instrument semi-sphérique qui peut atteindre un mètre de diamètre.
« La musique dans la vie » offre aux téléspectateurs l’occasion d’aller à la rencontre de la poésie et la musique du désert.

MAROC-HEBDO, Numéro 322 du 9 au 15 mai 1998

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