La route des Mérinides

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C‘est par le Sud du couloir de Taza que passait jadis « la route des Mérinides » : la fameuse « Triq Sultan » qui unissait Fès au Maroc Oriental via Sefrou, Rchida et Debdou.


« Vois la montagne ! Vois le pigeon ! Vois l’associé ! Vois le fumier ! »

Les premières neiges tombent sur les montagnes, le pigeon annonciateur de l’hiver est de retour, le moment est venu de songer aux travaux agricoles, de rechercher son associé et de transporter le fumier sur les terres. Ils redonnent vertu à la semence en y incorporant les cendres de l’Achoura, ou en y jetant les grains de la première ou de la dernière gerbe de la récolte précédente. Ces grains passent pour être imprégnés de la baraka et incarnent les forces vives de la végétation. C’est à ce moment précis, en automne de l’année 2006, que nous avons entrepris un des tournages de la série « la musique dans la vie » : c’était dans la « tache de Taza », sur « la route des Mérinides » à un moment où les fellahs fumaient la terre.

C’était un dimanche, premier jour de la semaine, où les berbères choisissent pour tracer leur premier sillon. Bien que fixés au 17 octobre de l’année julienne, les labours d’automne ne peuvent être pratiquement entrepris qu’aussitôt après la chute des premières averses. Mais la saison des pluies commence parfois si tard que le fellah doit reporter l’inauguration de ses travaux à une date beaucoup plus reculée, fin décembre, parfois même au commencement de janvier.

C’est au cours de ce tournage que nous avons visité Rchida, vieille citadelle surplombant la plaine de Tafrata au sud du couloir de Taza. Sa vieille mosquée remonte à Al Rachid, l’un des souverains mérinides : d’où ce toponyme de « Rchida », par référence au fondateur mérinide de la citadelle.

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Nous avons retrouvé ici le même troglodytisme qu’à Taza, en particulier au village d’Admer, où les villageois habitaient eux aussi dans ces grottes dénommées « Kifan ». Situé au pied d’une falaise où sont creusées de nombreuses grottes, où étaient gardés à l’abri des maraudeurs, les richesses dont disposait la tribu, le douar Admer porte le même nom que la montagne sur laquelle il est adossé : Jbel Admer.

Ce village troglodyte est situé non loin de Rchida ; la vieille citadelle mérinide qui domine en falaise la plaine de Tafrata. « Terre qui a vu le passage de beaucoup de monde », nous disaient les villageois d’Admer : les Banû Marîn, et les Banû  Wattass, du temps de leurs anciennes gloires. Dans ces temps révolus, qui avaient connu les anciennes batailles  mérinides et Wattassides, les gens  de ces parages n’habitaient que dans des grottes et sous des tentes. Ils n’auraient fondé ce douar d’Admer qu’après l’avènement du saint patron de Rchida et son établissement dans ces hauts plateaux de la Gada de Debdou. Ce sont les descendants de ce saint et ses arrières petits fils qui habitent ce pays depuis des années et des siècles. les Admer, les Bni Khlaften, et Rchida sont les premiers habitants de ces montagnes et de ces terres .  Les anciens Berbères autochtones restaient cantonnés aux flancs des montagnes, tandis que la plaine de Tafrata était devenue le domaine où transhumaient les mérinides, ces berbères Zénètes venus de l’Est, et dont faisaient partie les actuels Hawwâra. Quant aux Arabes de ces parages, ils étaient justes des pasteurs nomades se déplaçant avec leurs tentes.

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Mouvement de la transhumance d’été et d’hiver dans la tache de Taza

Depuis la nuit des temps, le pastoralisme est le trait distinctif des Hawwâra Oulad Rahou et de leurs ancêtres, nous explique Abdellah  Bachiri. L’hiver, ils transhument dans la plaine de Tafrata et en période estivale , aux plateau de la Dahra, aux pacages steppiques de la Fhama, Et quand à nouveau l’herbe repousse drue, ils reviennent à la plaine de Tafrata. » Ce n’est que quand le pâturage fait défaut aux Hawwâra , qu’ils vont transhumer sur ces hauts plateaux de la Gada de Debdou. La tonte d’ovins a lieu chez eux vers la fin du printemps et au solstice d’été.  On prépare alors le pain du berger dénommé « Magloub », nom qu’on donne par extension à cette berceuse qui accompagne la tonte des ovins :

Ô berger ! Ramène la brebis à l’allure de gazelle !

La brebis au museau roux et au beau présage

Celui à qui elle manque, meurt de faim

Et passe une nuit blanche à réfléchir !

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« La tonte des moutons a lieu au printemps, nous dit le pasteur Nabil Khachani. Après s’être bien engraissés les béliers portent une laine abondante qui les étouffe en période estivale. On les allège alors de cette laine : c’est la période où nous séparons l’agneau de sa mère. Le matin de tonte, on prépare le pain du berger, ainsi que les laitages. C’est le petit déjeuner de ceux qui procèdent à la tonte des moutons. Après quoi on sacrifie un bélier châtré pour offrir à la communauté pastorale le couscous aux sept légumes avec de la viande bien rôtie. ».

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Les transhumants Bni Waraïn et Houwara Oulad Rahou sont arrivés au couloir de Taza dans le sillage des Mérinides depuis Figuig où ils nomadisaient jadis



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L’imam de la grande mosquée de la Zaouia de Rchida nous disait que c’est là qu’étudiaient les quarante tolba de tous les horizons ; ils y affluaient de partout : des Branès, de Guercif, de Melloulou.  Les chorfa, ajoutait -il, veillaient à leur nourriture, et leurs oraisons portaient jusqu’au fond de la vallée. Cette vieille mosquée fut édifiée du temps des Mérinides. Elle fut restaurée par Sidi Ahmed Ben El Mamoune du temps du Sultan Hassan 1er qui y effectua la prière du vendredi en compagnie des chorfa.»

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Roman Lazarev

Au déclin des Almohades, dès 1216, leurs successeurs mérinides occupent Taza considérée alors comme « la clé et le verrou du Gharb », souligne l’auteur du Bayân : « Une fois installé à Taza, Abû Yahya, prince mérinide, fit battre les tambours et hisser les bannières. De toutes part, les chefs de tribus accompagnés de délégations vinrent lui présenter leur hommage. Car il avait auparavant occupé le rang d’émir au sein des tribus Banû Marîn, mais sans tambours ni étendards ».

Vers 1227, les Mérinides étaient devenus les maîtres incontestés de « toutes les tribus et campagnes situées entre le Moulouya et le Bou Regreg ». Cette époque est restée liée à des souvenirs de magnificence et presque de légende. On connaît le vieux dicton : « Après les Banû Marîn et les Baû Wattas, il ne reste personne ! ». On nous signale d’ailleurs dans ces parages des tombeaux mérinides et wattasides.

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Roman Lazarev

Rchida est l’un de ces jalons qui reliaient à chacun des horizons, ce qui fut jadis « la route des mérinides ». D’après le Mûsnad d’Ibn Marzouq, Abû Al Hassan, le Sultan mérinide qui régna de 1331 à 1351, et qui construisit la belle médersa de Taza, « créa un nombre d’enceintes et de vigies tel, que si l’on allume un feu au sommet de l’une d’elles, le signal est répété sur toutes, dans une seule nuit, sur une distance que les caravanes mettent deux mois à parcourir de la ville de Safi au pays d’Alger… »

Située entre Figuig et la vallée de la Moulouya, la vieille citadelle de Rchida surplombe la plaine de Tafrata, là même où nomadisaient au 12ème siècle, les mérinides (Banû-Marine en arabe), ces Berbères Zénètes venus de l’Est. Dans sa généalogie des Mérinides « peuple qui gouverna le Maghreb et l’Espagne »[1] Ibn Khaldoun écrivait : « Les Banû-Marine, peuple dont la généalogie se rattache à celle des Zenata, avaient leurs lieux de parcours dans la région qui s’étend depuis Figuig à Sijilmassa et, de là, au Moulouya…

Les Banû-Marine parcouraient en nomades le désert qui sépare Figuig du Moulouya. Lors de l’établissement de l’empire Almohade, et même auparavant, ils avaient l’habitude de monter dans le Tell afin de visiter les localités qui s’étendent depuis Guercif jusqu’à Outat. Ces voyages leur permirent de faire connaissance avec les débris de l’ancienne race zénatienne qui habitait la région du Moulouya, et de se lier d’amitié avec les Miknassa des montagnes de Taza et les Béni Waraïn, tribu maghraouienne qui occupait les bourgades d’Outat, dans le haut Moulouya. Tous les ans, pendant le printemps et l’été, ils parcouraient ces contrées ; ensuite ils descendaient dans leur quartier d’hiver, emportant avec eux une provision de grains pour la subsistance de leur famille. »

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Ibn Khaldoun nous dit qu’à leur avènement, les Mérinides ont détruit l’une des principales ressources de la région : l’oléiculture. Dans cette région, les premières plantations d’oliviers remontent aux Almohades, comme le souligne Ibn Ghâzi, au début du 15ème siècle : « Dans les bonnes années, écrivait-il, et avant que les Banû Marîn n’eussent commencé à ruiner le Maghreb extrême, lors de l’affaiblissement de l’autorité Almohade, la récolte des olives au Ribât de Taza, se vendait environ 25 000 dinars ».

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Bataille, par Roman Lazarev

C’est non loin de cette vieille citadelle de Rchida qu’ Abd el Haq, le  premier souverain mérinide, alors âgé de 73 ans, trouva la mort avec son fils, Abû Al Âlaa Idis, lors de la bataille contre les arabes Ryah, chargés par les Almohades de surveiller le couloir de Taza.

Sid Yaâgoub, le saint patron de Rchida, serait selon une légende dorée un Idrisside qui priait dans les grottes de la Gada de Debdou, qui domine en falaises la plaine de Tafrata. Moulay Ali Chérif le fondateur de la dynastie Alaouite est également passé par là. On dit même qu’à l’aube du 20ème siècle, le Rogui Bouhmara est arrivé un jour avec sa harka dans la plaine de Tafrata et aurait pris aux gens leur bétail. C’est là aussi qu’en 1914 les premiers bataillons français en provenance d’Algérie avaient établi leur avant poste : le camp de Mahiridja.

Une crête lumineuse, voici reluire au loin Berkine, comme une pincée de sel sur la montagne ! Elle surplombe cette vaste cuvette du Moyen Atlas Oriental. Des lignes de montagnes plus basses compartimentent la cuvette, y rendant la circulation malaisée. La roideur des pentes, en favorisant un ruissellement intense, s’oppose à la fixation du moindre humus, comme on le remarque bien à l’absence de manteau végétal, dans ce paysage tourmenté aux allures lunaires.

La seule  ouverture de cette cuvette de Berkine est ce sentier filant vers cet, « Abrid Romane », qui ajoute peut-être quelque intérêt nouveau à la question toujours controversée de l’itinéraire suivi par Suetonius Paulinus dans son aventureuse expédition à travers le Moyen Atlas. Au fond de la cuvette, l’ancien volcan éteint « l’Ich-N’Aït-Aziz ». La largeur de son cône atteint près d’un kilomètre. Ses cendres éruptives couvrent toute une partie de la cuvette de Berkine. Les Berbères appellent cet ancien volcan du nom « d’Afoud » qui signifie ici, « celui qui est dépourvu de genou ». Un autre volcan existe au fossé oriental de Bou-Iblâne : « Ich-N’Aït Abdellah », du nom de la tribu qui s’est établie là où il avait fait irruption, il y a de cela des millénaires. Jbel Bou Nacer avec ses plaques de neige quasi persistantes, ne procure que l’illusion d’un imposant château d’eau : la pente trop brutale de ses versants ne permet pas l’accumulation de trop grandes réserves. L’eau est néanmoins assez abondante pour suffire aux besoins d’une population peu nombreuse et clairsemée.

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La berbère de Abdellah Oulamine

Sur le chemin qui remonte de la plaine de Tafrata vers Berkine, nous rencontrons les gens du douar Bni H’ssan, connus pour leur tenue traditionnelle, leurs chansonniers, leurs hautboïstes, et leurs musiciens. Dans la commune de Berkine, ces Bni H’ssan font partie de la fraction Ahl R’baâ des Bni Jellidassen, la plus importante tribu de la confédération Bni Waraïn : « Leur agriculture paraît maigre, observe le chef de troupe Aziz Bennaçer, mais elle leur permet l’auto-subsistance grâce à la baraka. Ils ont un bel élevage, et même si la forêt est insuffisante, elle a un rôle important à jouer. Ce sont les Bni H’ssan qui animent le marché aux grains de Berkine. Ils animaient depuis toujours et en tous lieux festivités, fêtes de mariages et autres cérémonies. »

Une des caractéristiques des Bni Waraïn est d’avoir une maison, un terrain de culture et de parcours, en plaine et en montagne. Les zones d’habitat privilégiées sont les vallées des oueds où sont cantonnées la plupart des sources dont chacune est un centre permanent de critallisation humaine.

Le thalweg  limoneux des oueds est souligné par un étroit ruban végétal où se retrouvent le jujubier buissonnant ou même arborescent, associé à des pieds d’alfa, des bouquets d’armoise blanche et quelques massifs de lauriers rose.

De sol cultivable la nature est extrêmement avare ; il faut arrêter la fuite des terres arables entraînée par le ruissellement en élevant des murettes en galets. On obtient ainsi ces terrasses de forme géométriques, en damiers irréguliers dont chacune est la propriété précieuse d’un chef de foyer.

En ce haut pays, les eaux pluviales sont drainées par un collecteur unique, le Zobzit, sous affluent de la Moulouya, qui prend naissance à Berkine. A son amont deux cours d’eau qui suivent chacun une vallée parallèle au Bou-Iblâne. Ils portent chacun le nom de la tribu qui vit sur ses berges : Assif -n’Aït – Bou N’çor et Assif-n’Aït Mansour. Leur cours supérieur porte le nom d’Assif Ouloud (la rivière du limon). Les vallées des oueds Aït Bou N’çor et Aït Mansour s’ornementent de beaux rideaux presque ininterrompus de peupliers et de saules aux troncs desquels la vigne enroule de loin en loin ses capricieuses torsades. Des essences plus modestes croissent dans leur voisinage : le câprier, le tamarin, le micocoulier (Taghzaz), dont on taille des planchettes-écritoires pour écoliers.

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Pressoir d’huile d’olive

Au bord de l’oued Aït Mansour, le laboureur Mohamed Mala abandonne un instant  attelage et  charrue pour  venir nous entretenir sous un vieux eucalyptus :

«On appelle ces rivages le « verger d’Iswal ». Ils sont cultivés aussi bien par les descendants de Sidi Belqacem que par ceux des Bni Aziz. Mais rares sont ceux parmi les descendant de sidi Belqacem qui habitent au bord de l’oued. Le douar que vous voyez là-bas est originaire de Sidi Belqacem. La plupart des gens possèdent des terrains de culture au bord de l’oued, mais leur maison se trouve là-haut dans la montagne : pour venir travailler ici, ils descendent de la montagne. Moi-même j’ai une propriété ici, au pays des Bni Aziz alors que ma maison se trouve là haut au Jbal Bni Bou N’çor, où nous avons un peu de culture et un peu d’élevage. Des terres irriguées mais aussi  bour. En période estivale, nous semons le maïs, mais en cette période automnale nous semons plutôt le blé tendre et les fèves. Ce ne sont que de petites parcelles où nous cultivons aussi un peu de légumineuses pour nos foyers. On n’en met pas trop puisque nous n’avons que de petits lopins de terre. Et quand l’oued est en crûe, il emporte toutes nos cultures sur son passage.. »

Tous les étages écologiques sont mis à contribution, aussi bien pour l’élevage que pour l’agriculture : des sommets enneigés aux vallées verdoyantes.

Ainsi, une fois les labours et les semailles effectués en montagne au début de l’automne, on descend procéder aux labours de plaine en décembre et janvier.

On séjourne en Taïzîrt sous la tente, jusqu’en mai, époque de la moisson précoce (Bekri). Celle-ci achevée, on reprend le chemin de la montagne, où une seconde moisson plus tardive (Mazozi) attend d’être coupée à son tour.

Tout le long des cours d’eau, nombreux sont les moulins à eau : on en dénombre quelques 83, rien qu’à Berkine.

Le grain est versé dans une trémie, sorte d’auge carrée en palmier nain, large par le haut, étroit par le bas, et maintenu au plafond par des cordes.

Au dessus de la trémie est fixé un conduit en bois « lqandîl », par lequel le grain se déverse dans l’oeillard « Tît » d’où il descend pour être broyé par les deux meules.

L’usage est de laisser quelques grains dans l’œil du moulin : ce « souper du moulin » est considéré comme étant chargé de baraka.

L’eau amenée par un conduit tombe d’une hauteur de deux mètres sur une roue de 40 centimètres. L’appareil est mobile sur un arbre.

En ce début de la transhumance d’hiver, chacun apporte son grain à moudre en prévision des grands déplacements. Le meunier prélève un dixième sur chaque mouture.

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Printemps

A l’époque où les troupes françaises font leur première apparition au Maroc Oriental, l’autorité est détenue chez les Aït Jellidassen, par la famille des chorfa Aït Sidi Belqacem. C’est dans cette Zaouïa que les gens de  tribus se rassemblèrent d’abord pour faire face à la pénétration française. Mais mitraillés par l’aviation et bombardés par les canons, ils finissent par se dissocier.

Ainsi s’ouvre « le pays rond » des Aït Jellidassen où suivant la parole même de Si Mohand  Belqacem : ne devait de sa vie réussir à pénétrer le guerrier français.

Pour venir à bout de la résistance des Bni Jellidassen, les Français décident d’occuper Berkine, où ils établiront leur caserne en 1926. Mais Si Mohand, le chef de la zaouïa de Sidi Belqacem, leur farouche adversaire, aboutit avec les Marmoucha à la formation d’une Harka de 800 fusils sur l’oued Zobzit. Dans cet étroit compartiment de la « tache de Taza », il était l’âme obstinée de la résistance à la pénétration coloniale. En arrivant chez les Bni Hassan au printemps 1923, en un point d’appui qui débouche sur Berkine, les Français apprennent que la puissante confédération Marmoucha  viendra prêter son appui à Si Mohand Belgacem, qui a décidé de se retirer dans la montagne la plus inaccessible pour ne pas se soumettre aux colonisateurs. Pour ces derniers « il fallait en finir avec les Bni Jellidacène et pour cela atteindre dans son autorité l’agitateur Sidi Belqacem Azeroual en occupant Berkine, confluent des oueds Bni Mansor et Bni Bou N’çor qui commande l’accès à la zaouia du chérif et aux passages qui permettent aux Jouyouch  Bni Jellidacène de se répandre dans la zone de Bou Rached, la vallée du Melellou et de la Moulouya.

« Dans ces parages, nous dit Aziz Bennaçer, les chorfa de Sidi Belqacem sont connus depuis toujours pour leur pouvoir et leur bienfait. Leur baraka est grande : elle rayonne de jour comme de nuit. Leur réputation est ancienne, et quiconque se  rend chez eux est assuré du gîte et du couvert. Là bas, il y a une grande baraka. Le pays parait parcimonieux, pourtant il est en mesure de nourrir mille et une bouche grâce à la baraka. »

En nous accueillant en haut de la colline où se trouve le sanctuaire, sur la rive droite de la rivière, le moqadem Abdellah Ben Ahmed, nous explique en ces termes en quoi consiste la gestion de la zaouïa de Sidi Belqacem Azeroual :

«  À tour de rôle, la clé de la zaouia  est confiée à un moqadam durant cinq, six , voire dix ans. Grâce aux offrandes qu’il reçoit, il nourrit les étudiants en théologie venus de tous les horizons, ainsi que les pèlerins de passage. De la mi-août à la mi-septembre, quatre fêtes patronales ont lieu à Sidi Belqacem : lemoussem des Bni Aziz, celui des Bni Bou N’çor, celui de Sidi Belqacem, et enfin celui des Bni Mansour. Ce sont les quatre principaux moussem. Les pèlerins viennent de toutes les fractions : d’Immouzzar des Marmoucha, d’Ahermoummou, de Tahla, des Maghraoua. Ils viennent aussi de la région de Taza, d’Oujda et de Taourirt : le moqadam les reçoit et les nourrit gracieusement ». A l’issue de cet entretien, les membres présents de la zaouia déclament solennellement d’une voix grave, sereine et paisible, la sourate de la lumière :

« Dieu est la lumière des cieux et de la terre. Sa lumière est semblable à une niche où se trouve une lampe. La lampe est dans un verre pareil à un astre étincelant qui s’allume grâce à un arbre béni : un olivier qui n’est ni de l’Orient ni de l’Occident et dont l’huile brillerait sans qu’un feu la touche, ou peu s’en faut. Lumière sur lumière,  Dieu dirige vers la lumière qui il veut. Il propose aux hommes des paraboles. Dieu connaît parfaitement toute chose. »

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Le thème de la lumière est une des constantes de l’enseignement soufi, comme du Coran. C’est elle qui pénètre dans les cœurs qui s’ouvrent à Dieu. Elle se présente chaque fois comme une force spirituelle, un appel à la vie intérieur.

Abdelkader Mana

[1] Ibn Khaldoun :« histoire des berbères », tome quatrième, p.25 et suivantes.

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