Printemps musical

Jour de musique classique à Essaouira

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Vendredi 30 avril 2010

Au programme d’aujourd’hui, Jean-Sébastien BACH, Frédéric CHOPIN, Franz LISZT, Maurice RAVEL et Johannes BRAHMS: les classiques de la musique classique. Rien de moins.En une seule journée, avec des musiciens virtuoses à portée d’oreille : aux sources de la musique la plus raffinée qu’a produit l’occident.

Reportage photographique d’Abdelkader Mana

Liebestraum – Franz Listz

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Dés l’heure du petit déjeuner, sur la vitrine du patissier Driss, l’affiche signée Hussein Miloudi, toujours renouvelée à chaque festival de musique classique, attire l’attention par ses couleurs chaudes, ses envolées elliptiques …

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Je prends la direction de « Dar Souiri » où se déroule la musique de chambre ce matin à partir de 11 heures: l’entrée est gratuite, ce qui est vraiment un privilège de voir ainsi des virtuoses et des ténors reconnus mondialement, sans bourse délier… Et pour le public assidu, commencer une initiation à un art musical raffiné et élitiste.

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Sur la place de l’horloge, je rencontre l’écrivain Driss Khouri, un habitué du festival des alizés. Il me dit qu’il est en convalescence depuis qu’il s’est brisé une jambe lors d’une chute, il n’y a pas si longtemps: ce qui l’oblige à se déplacer à l’aide d’une canne qui n’a ainsi rien de diplomatique!

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L’auteur de Madinatou Tourab (poussière de ville) n’écrit plus assez souvent dans la presse arabophone comme au temps où on s’est connu tous les deux en tant que journalistes. C’était l’année 1986 où nous avons participé, lui en tant que reporter d’Al Itihad Al Ichtiraki, moi de celui de Maroc-Soir, que dirigeait alors le regretté Abdellatif Bennis, à la visite Royale d’Erfoud. Il me souvient surtout de ce repas pantagruélique donné au palace de Ouarzazate, où Driss Khouri a failli être englouti sous une montagne de chocolat…

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La matinée débute par un Don Quichotte romanesque de Maurice Ravel, interprété merveilleusement par le ténor Belobo et la pianiste Larjarrige…

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André Azoulay et ses invités très attentifs à l’émotion maîtrisée qui se dégage de toute musique savante

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Le public très sélect du festival des alizés. La sélection se fait tout naturellement : le public dont c’est la culture est en majorité européen. Les Marocains qui ont une culture participative ne voient pas pourquoi ils resteraient assis sagement tandis que les musiciens se produisent. Pour les Marocains la frontière entre musiciens et public doit être abolie. Ils ne se sentent à l’aise et en fête que lorsqu’ils participent bruyamment à la fête en applaudissant, en trépignant, en poussant des you-you et des appels au Prophète. Il s’agit pour eux d’une décharge énergétique et biologique, en un mot d’une catharsis. Or là, on exige d’eux l’écoute attentive, le silence absolu, le bien se tenir. En conséquence, peu de Marocains parmi le public: la sélection ne se fait pas ici par l’argent mais par l’habitus culturel.Ici comme ailleurs, le Musée du Louvre et la musique de chambre ne sont pas fréquentés par le premier venu : il faut une éducation particulière de l’ouïr et du jouir…

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Se laisser transporter par cet Othello incarné, retrouver les émotions primordiales du compositeur d’il y a des lustres : une communion mi-religieuse, mi-mondaine.L’esthétique de la science des harmonies entre notes célestes et transports amoureux…

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Dieu seul sait que derrière cette apparente improvisation se cachent des années de travail sur la voix et ses possibilités acoustiques; la voix en tant qu’instrument musical. Et puis qu’est ce que la musique sinon ce mystère qui nous met au diapason des beautés célestes.

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On ne se rend vraiment compte de l’existence d’un langage musical qu’en écoutant les notes translucides du piano qui emplissent l’espace comme une pluie d’étoiles se déversant sur nos têtes depuis la nuit éternelle du cosmos…

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On reconnait parmi le public Driss Khouri avec sa canne. Il doit certainement faire le lien entre l’écriture musicale et l’écriture tout court : l’harmonie des formes, celle-là même qui gouverne les sphères célestes selon les mystiques et les philosophes arabes du Haut Moyen-âge et qui fait qu’un poème de Gongora ou d’Abou Tamam sont beaux du simple fait que leur musicalité est harmonieuse et plaisante à l’oreille comme le chant d’un merle à l’aube du printemps.

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La patience de l’écoute ; un art que partagent mélomanes et diplomates : il faut beaucoup de patience et d’écoute attentive pour mieux savourer une sonate ; beaucoup de patience et d’écoute pour dénouer les écheveaux  complexes du monde en tant que jeu d’échec…

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Le cercle, l’anneau, l’écoute, l’apprentissage

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La passion entre les lignes, les colonnes

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L’ovation, l’hommage à la maîtrise musicale et à la passion vocale

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L’après midi, nous avons assisté à la prestation de la soprano Jalila Bennani, accompagnée de la pianiste Lajarrige interprétant, l’anamourée de HAHN, la nuit d’étoiles de DEBUSSY, Lune d’avril de POULENC…

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Bien entendu l’épanouissement toutes ces passions musicales n’est rendue possible que grâce au mécénat d’entreprises, des banques en particulier, et aux sponsors qui déploient à cette occasion leur logo tels des pavillons battus par les vagues et le vent  sur un navire d’Essaouira emporté par la houle des vents alizés. Mais sans l’intervention discrète mais certaine d’André Azoulay le bateau de la musique de ce festival comme des autres festivals et autres colloques n’auraient pas jeté l’ancre dans ces rivages ô combien beaux mais ô combien désargentés aussi…

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Le soir on passe de la musique de chambre au concert musical, sous l’immense salle couverte du Méchouar. Au programme MOZART est à l’honneur à partir de 20 heures avec son « Figaro » et sa « Flûte enchantée »

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Reportage photographique d’Abdelkader Mana, vendredi 30 avril 2010

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