La réduction de la « Tache de Taza » 1923 – 1926

Dans la région de Marrakech, le développement de la politique coloniale s’appuyant sur les « Grands Caïds » – Glaoui, Goundafi, Mtouggui – a permis de limiter les opérations militaires au strict minimum. Dans le Nord, à la limite des trois régions de Taza, Fès et Meknès, la zone montagneuse insoumise du Moyen Atlas appelée « Tache de Taza » a nécessité la mise en œuvre de la majorité des moyens militaires dont a disposé la France au Maroc en 1923.

Le Moyen Atlas et l’Atlas central préoccupaient particulièrement le résident général Lyautey et ses collaborateurs. Les opérations des années 1920 à 1923 leur furent entièrement consacrées, sans que toutefois la dissidence s’effondrât. Jusqu’en 1926, la région montagneuse située au sud de Taza et s’étendant jusqu’à la haute plaine du Guigou restait dissidente, sous le nom de Tache de Taza.

Dans son ouvrage sur « la pacification de l’Atlas central », le général Guillaume note que « les communications avec l’Algérie ne peuvent être garanties, tant que le Moyen Atlas, au sud de Taza, n’est pas maîtrisé. » Il s’agissait pour Lyautey d’empêcher à tout prix la jonction entre les groupes insoumis les plus importants de la Tache de Taza, en particulier les Bni Waraïn et les Marmoucha, et la dissidence rifaine d’Abd El Krim.

En 1925 Abd el-krim activait sa propagande auprès des Beni Waraïn au Sud de Taza, auquel il envoyait même des subsides en argent pour les encourager à monter une attaque sur le front Beni Waraïn en liaison avec l’offensive déclenchée par les Rifains sur le Haut Leben. Des essais de harka sont tentés par Sidi Raho, Sidi Ali Seghrouchni, et Sidi Mohamed Belgacem Azeroual, mais s’ils trouvent quelques échos dans le Nord, les efforts échouent dans le Sud où le Tichoukt(10 juillet 1925), le Tagrout N’Aït Saïd (20 août) sont occupés.

L’agitation suit les rythmes des mouvements rifains. Un ancien spahi Bou Nouala, qui a déserté chez les Beni Waraïn insoumis, se fait reconnaître comme chef par eux, leur désigne des caïds sans que son autorité semble dépasser l’arrêt de Bou Iblane au Sud tandis que vers le Nord de nombreux émissaires assurent la liaison avec le Rif.

A la mort de Bou Nouala, tué en mars 1925, on distingue dans la Tache de Taza :

* Le front des Beni Wuaraïn de l’Est (Beni Jellidassen) qui suscita sous l’intense propagande d’Abd el Krim, la formation de Harkas chez les Ahl Taïda et dans les Hautes vallées des oueds Beni Bou Nçor et Beni Mansour.
* Le front de Tichoukt devant lequel les dissidents Aït Seghrouchen, enserrés par un système de postes qui entourent complètement la montagne, tendent à se désagréger.
* Le front des Mamoucha, ou groupe dissident des Oulad Ali et des Beni Hassan, reste intact. Après la disparition du chérif Moulay M’hamed Seghrouchni, mort le 23 janvier 1925, son deuxième fils, Sidi Akka, hérita de sa « baraka », mais non de son influence et n’a pu empêcher Moulay Abdellah, dernier fils de Moulay M’hamed, de faire sa soumission le 15 février.

C’est seulement en 1926, après l’écroulement d’Abd-el-Krim, que la France se trouve en mesure de réduire la « Tache de Taza » avec de gros effectifs. Mais le plus dur restait à faire.

La chaîne de Bou-Iblane a, en effet, une longueur d’environ soixante-dix kilomètres sur soixante de largeur, avec des altitudes dépassant 2000 mètres ; elle est défendue par 3000 guerriers bien déterminés. L’opération principale doit être réalisée par deux colonnes, qui partiront de Berkine et d’Imouzzer pour se rejoindre sur le plateau de Meskedal.

Meskedal est un immense plateau sur les pentes Ouest de Bou Iblane, qui jouit d’un climat tempéré en toutes saisons ; herbeux et bien arrosé, il est le lieu d’élection des transhumants montagnards, leur capital…

Fait exceptionnel au Moyen Atlas : la chaîne de Bou Iblan forme, dans sa partie centrale, une véritable séparation, isolant nettement de la région de Taza le pays des Marmoucha : un pays montagneux, imposant par ses dimensions, son altitude, et par le nombre et la valeur des ses farouches guerriers Marmoucha, décidés à se défendre à outrance. « Tribu obstinée entre toutes de la montagne berbère, n’entendront pour finir, que la seule voix qui répond au bouillonnement de leur cœur : l’appel au combat, souligne le chef des opérations militaires. L’attachement à leur indépendance l’emporte toujours. Et lors que nos colonnes s’apprêtent à lever le camp pour pénétrer dans le pays insoumis, c’est chaque fois l’âme guerrière de ces tribus qui a le dernier mot. »

Juste après la reddition d’Abd El Krim le 20 mai 1926, l’aviation française a effectué plusieurs bombardements dans la région de Tichoukt : la reddition d’Abd el Krim a permis d’envisager, dés la fin de mai, d’achever les opérations commencées depuis 1923 dans la Tache de Taza,  pays montagneux et imposant par ses dimensions, son altitude, et le nombre et la valeur de ses guerriers : 3000 Bni Waraïn et Marmoucha, guerriers farouches, sont décidés à se défendre à outrance.

Trois colonnes combinées, ayant pour objectif les trois points vitaux de la dissidence, sont organisées et entrent en action dès le 7 juillet 1926. Vingt jours de luttes acharnées et d’efforts opiniâtres rendent les français maîtres de la grande Tache dissidente de Taza.

Le programme des opérations militaires de 1923 ne consistait pas à occuper intégralement toute la Tache de Taza, mais à n’y laisser qu’un bled inviolé, que des îlots où les conditions d’existence pour les familles et les troupeaux, et les besoins de relations entre tribus, rendus impossibles par le réseau d’ouvrages militaires, devraient fatalement amener la soumission de ces irréductibles Marmoucha.

En 1926, la cuvette de Talzemt fut l’objet d’attaques convergentes de sept bataillons français, à travers les cols de Tizi Ouidal, de Tizi N’tmalout, de Tizi N’Taïda et de Tizi N’trial. A la lisière des Bni Waraïn et des Marmoucha, Talzemt occupe en effet un verrou stratégique, par où transite obligatoirement toute transhumance. C’est une brèche transversale où confluent trois oueds pour former la rivière principale de Tamghilt. Ces troupes qui visaient ainsi à réduire cette ultime poche de résistance de la Tache de Taza, provenaient principalement de Meknès, mais aussi de Taza et de Guercif.

Pour les besoins de notre documentaire sur les Marmoucha, nous nous sommes rendus à la cuvette de Talzemt en 2008, où le chef de la tribu nous a expliqué en ces termes leur transhumance :

« Nous autres, fraction Aït Ben Aïssa des Marmoucha, nous transhumons l’été à Meskeddal, au mont Guerrouaou et à Talzemt. Et l’hiver, on s’en va vers les pâturages d’Ahermemmou, du Manzal, et des Bni Yazgha. On va aussi à Tahla, chez les Bni Waraïn et à Matmata. On transhume dans tous ces endroits.

A l’époque il n’y avait pas de camions, les transhumants se déplaçaient à pieds durant huit à dix jours avec leurs troupeaux, leurs bêtes de somme et leurs tentes. Ils transportaient leur blé et leur fourrage. Les uns se dirigeaient vers l’Ouest, les autres vers l’Est. D’autres allaient vers la Moulouya. C’est ainsi que se déroulait la transhumance.

Maintenant le transport se fait par camions. Dés que le climat se réchauffe, on monte là-haut et chacun rejoint son pâquis : les pâturages des Aït Abdellah s’étendent de tel endroit à tel autre. Ceux des Aït Ben Aïssa, de telle autre borne à telle autre. Voici les pâturages des Aït Lahcen et voilà ceux des Bni Smint. Ou encore ceux des Aït Bou Illoul, des Aït Lahcen et d’Almis. Chacun dispose de son propre pâturage, d’une superficie clairement délimitée. Et quand quelqu’un manque de quoi que ce soit, nous l’accueillons s’il vient chez nous. »

A cette altitude, on s’imagine que des massifs de plus de trois mille mètres devaient déterminer d’abondantes précipitations. Cette illusion est fortifiée par la vue de la neige qui couvre les cimes pendant plusieurs mois. Il semble en réalité que les conditions soient plus favorables à la conservation de la neige tombée, qu’à la fréquence des chutes. Ainsi s’explique la dure situation des Marmoucha dont les troupeaux doivent quitter le pays en hiver, parce qu’il fait trop froid, et en été parce qu’il fait trop sec.

Non loin de la cuvette de Talzemt se trouve la très belle forêt de Taffert peuplée de cèdres presque purs. On ne peut douter que ce Moyen Atlas oriental a été couvert d’admirables forêts que les pasteurs ont incendié. On a le cœur serré devant cette dévastation insensée qui se traduisit rapidement par un dessèchement du sol et la ruine du tapis végétal. Ainsi dépouillée de sa parure de forêt, la haute montagne apparaît, de loin, très désolée.

« Je suis né au mois de mars de 1926, poursuit notre hôte. L’année où la France a attaqué Tamghilt et Talzemt. Ils avaient déjà attaqué en 1925, mais on les a repoussé. Ils sont revenus à la montagne. L’occupation eut lieu en 1926. Sept bataillons s’étaient retrouvés à Meskeddal. Un bataillon est arrivé d’Ahermoummou, un autre par Meghraoua, un troisième par Berkine, un quatrième par Oulad Ali, un cinquième par Immouzer des Marmoucha , et un autre par Aderj. Ils eurent des accrochages avec la population et brûlèrent Talzemt. Ils ont brûlé toutes les maisons. Les gens se sont enfuis dans la montagne. Certains sont morts, d’autres ont pu revenir. Ils sont passés par Tamghilt pour rentrer à Talzemt. C’est là qu’avaient convergé tous les bataillons. Après quoi, tout le pays était occupé. »

Il existe encore dans la cuvette de Talzemt une bombe, vestige des combats de 1926. Mais la décision de réduire la Tache de Taza, remonte à 1923. En effet, au mois de juillet de 1923, le général Poeymirau passe à l’attaque dans le sud de la Tache de Taza. Jusqu’alors le poids de la lutte a principalement pesé sur les Aït Seghrouchen. Les Marmoucha, moins éprouvés, paraissent hésitants, néanmoins ils ne cèderont pas. L’offensive est déclenchée le 17 juillet 1923. Les bataillons de légion occupent les crêtes, mais les escarmouches avec les Marmoucha dégénèrent peu à peu en un violent corps à corps. La légion avance avec peine sous un feu nourri. Au piton d’Issouka, les légionnaires eurent 31 tués et 101 blessés dont 6 officiers.

Quand la France est arrivée, les tribus s’entredéchiraient. Quand les Marmoucha transhumaient, ils étaient attaqués par les autres tribus. De plus, tous ceux qui fuyaient l’avancée de l’armée Française convergeaient ici, en venant de toutes les directions : de l’ouest, de l’est, du nord, du sud, parce que cette montagne était le dernier réduit de la dissidence en 1926. Ils s’étaient retrouvés ici à Tizi Ouidal, où se déroulèrent les plus violents combats. Il y avait les Aït Seghrouchen, les Marmoucha, les Oulad Ali, les gens de Berkine qui fuyaient l’avancée des troupes Françaises. Il y avait ceux d’Ahermoummou, des Maghraoua et des Beni Waraïn. Et il y avait les Bni Âllaham.

Tous se sont retrouvés ici. Alors, ceux qui étaient alliés à la France attaquaient ceux qui étaient avec la dissidence. Les Bni Âllaham avec à leur tête le caïd Ali Ou Assou s’étaient alliés à la France. Les combats eurent lieu à Tizi Ouidal. La soldatesque des Bni Âllaham alliés aux troupes Françaises ont réquisitionné les troupeaux de mon père et de mon grand père : quelques quatre cent têtes d’ovins. Ils ont arrêté mon père au col de Tamghilt, et ont emporté avec eux son élevage. Ce n’est qu’une fois le pays occupé par la France qu’on lui a rendu trois cent à quatre cent ovins, à titre de compensation de ce que les militaires lui avaient dérobé.

Et quand l’infanterie installe son bivouac, le 21 juillet 1923, chez les Aït Messaâd, les Marmoucha accourent en nombre, s’embusquent derrière les crêtes et criblent les légionnaires de balles. Le feu ne cesse qu’aux aux approches de la nuit. Les légionnaires déplorent 5 tués et 18 blessés.

Quand la France avait occupé ce pays, elle y était arrivée avec le caïd Âmar. Ils étaient arrivés ici par Meskeddal et par Guerouaou. C’est eux qui avaient brûlé toutes les maisons de Talzemt. Comment ?

A cause des luttes intertribales qui remontent à avant l’arrivée de la France : les nôtres avaient alors attaqué la tribu du caïd Âmar, en brûlant ses maisons. Ils étaient revenus de cette expédition punitive avec du miel, du beurre ronce, des sacrifices, des troupeaux, et avaient tué des gens là bas. Et quand ceux-ci étaient arrivés ici dans le sillage de l’armée française, ils s’étaient dit : nous aussi on va ruiner leurs demeures. C’est ainsi qu’ils avaient brûlé toutes nos maisons.

Puis est venu, à Tizi Ouidal, le caïd Ali Ou Assou des Alaham. C’est là qu’eut lieu la bataille. Le colonel était à la montagne de Tamghilt, avec ses tanks et son arsenal .Un déserteur marocain nous a rejoint ici, en venant de je ne sais où : d’Ifran, de Meknès, ou de Fès ?  Il avait déserté l’armée française, pour venir combattre du côté de la dissidence avec son fusil mitrailleuse. C’est lui qui a fait tomber l’avion. Il s’est attaqué au colonel et à l’armée française. Il tirait sur eux au mont Tamghilt. Il tuait 15 à 20 soldats ennemis d’un coup. Une centaine. Jusqu’à ce que périrent 3000 soldats.

Tous ceux qui étaient venus d’Ahermoummou, de Maghraoua, d’Oulad Ali, d’Immouzer des Marmoucha, d’Aderj et de Berkin, se sont retrouvés ici, d’où les nôtres s’étaient enfuis vers la montagne. Ils avaient tout emporté avec eux dans cette montagne : leurs moissons, leurs tentes, leurs réserves de beurre ronce. Ils sont partis là bas sur ce piton qu’on appelle le rocher roux. Ils s’étaient réfugiés là bas jusqu’à ce qu’à l’occupation de tout le pays par la France.

Ce qui est mort est mort, et ce qui est blessé est blessé. Mon grand père figurait parmi les blessés. A l’époque, ils ont voulu le nommer caïd. Les Français étaient bien renseignés sur la situation à Marmoucha. Dés leur arrivée, ils ont dit : « Qui devrons nous nommer caïd à Talzemt ? » On leur a répondu : Untel, parce qu’il est le plus connu de sa communauté. On amena alors grand père qui était blessé, dans la seule pièce qui n’avait pas été brûlée. C’est là que le médecin venait le soigner sur ordre du colonel… En attendant son rétablissement, l’intérim fut assuré par un dénommé Moulay Lahcen. Dès son rétablissement, il était devenu Cheikh. Voilà tout ce que je peux vous dire sur la bataille.

Au mois de juillet 1923, le groupe mobile de Meknès, fort de 13 bataillons, se porte directement à l’attaque des murettes construites par les Marmoucha sur le Djebel Bou Khamoudj. Il s’agit de séparer cette tribu de celle des Aït Seghrouchen. Le groupe mobile comporte deux colonnes et un énorme convoi de 3000 mulets. Cette lourde logistique ne peut évoluer que dans la plaine de la Sghina, qui s’étale entre deux massifs et aboutit à l’aride montagne de Bou Khamoudj.

Ce oued s’appelle Tamghilt. Il est le prolongement de l’oued Meskeddal. Il traverse la fraction Marmoucha des Aït Mama, et se déverse dans l’oued Sebou. C’est là qu’avait eu lieu la bataille avec la France : il y eu des morts et des prisonniers. Les nationalistes ont lutté. Les Français sont revenus et ont établi trois ouvrages militaires : l’un à Talzemt, un autre à Immouzer des Marmoucha et un troisième à Almis Marmoucha. Trois ouvrages. Ils nous ont colonisé jusqu’en 1955, l’année où ils ont été attaqué par l’Armée de Libération. Alors enfin la France est partie.

En 1925, les Français ont attaqué les Aït Wallagh. Sont venus en renfort à ces derniers les Aït Benaïssa et les Aït Youb. La bataille s’est déroulée de nuit. Au levé du jour, on a desserré l’étau et inondé d’eau le village encerclé, pour qu’à leur sortie les assiégés s’embourbent. Dès qu’ils ont tenté de fuir la bataille a repris de plus belle. Ils ont tué quelques 120 goums de l’armée française. Ainsi que le lieutenant Abadie. Après quoi ils sont remontés au mont Ayad.

On peut lire sur la stèle commémorative :

« Le 10 septembre 1925, au combat du Djebel Ayad, cerné dans un ksar avec un groupe de partisans et Mokhaznis, le lieutenant ABADIE a sacrifié sa vie pour sauver celle des hommes de son groupe. Officier d’une bravoure légendaire, maintes fois manifestée depuis trois ans, dans tous les combats du sud de la Tache de Taza. »

C’est dans ce village que le lieutenant Abadie et ses hommes s’étaient retranchés, tandis que les Marmoucha les encerclaient. On voit encore les traces des combats sur les murs du hameau.

Les Aït Benaïssa sont arrivés en brandissant un drapeau. En arrivant ici ils sommèrent le Lieutenant Abadie de quitter la maison des gens. Mais il ne voulait pas sortir. Les goums lui dirent que ces gens n’allaient tirer, qu’ils allaient se diriger vers Dar Bouâzza, en emportant avec eux le bois et tout le reste. Ils n’ont plus de quoi tirer. Ils vont même immoler un taureau en guise de soumission.

Mais eux ont refusé la réconciliation. Une fois passée la nuit, ils ont lâché les eaux le lendemain matin. Les goums dirent à leur lieutenant Abadie : essaie de sortir pour vérifier s’ils sont toujours là. Mais eux se cachaient. Il est effectivement sorti sans qu’ils lui tirent dessus. Une fois qu’il a traversé de l’autre côté, il tira une détonation comme signal pour que les autres sortent aussi. Dés que les goums ont quitté leur cachette, on se mit alors à leur tirer dessus. Rares sont ceux qui ont pu s’échapper. Ils ont tué Abadie et ont brûlé sa dépouille ici, comme c’est indiqué dans la stèle commémorative qu’on vient de voir.

Le vieux Ben Aïssa se souvient :

« Que Dieu bénisse cette femme qui a allumé le bûcher et jeté dans la marmite les grenades et les munitions, qui ont explosé au milieu de la soldatesque les obligeant à sortir dehors. Il y en a qui ont été blessés ou touchés. Ce n’est qu’après l’explosion qu’ils ont tué cette femme courageuse. En sortant dehors, ils se sont embourbés dans la boue et l’eau lâchée par la dissidence. Ne pouvant plus fuir, ils ont été massacrés : peu d’entre eux ont pu rejoindre là haut leur caserne. Le lieutenant Abadie était fait prisonnier. C’est quelqu’un de chez nous à Talzemt qui l’avait tué. Il s’agit d’un certain Âssou. C’est lui qui avait emporté avec lui son fusil au manche couvert d’argent. Quand la France est arrivée, il l’ont amené jusqu’ici et l’ont fusillé. Il est originaire de chez nous à Talzemt, du hameau des Aït Mahraz. »

Les Français qui avaient réussi en 1926 d’empêcher la jonction entre dissidence rifaine et celle de la Tache de Taza, ont échoué à le faire à la veille de l’indépendance du Maroc. En effet, le soulèvement simultané du 2 octobre 1955, chez les Gzenaya du Rif et les Marmoucha, avait précipité l’indépendance du Maroc.

Abdelkader MANA

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