avril 2009


Les Regraga revisités

L’étape de Lalla Beit Allah, le dimanche 12 avril 2009

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Personnages de la khaïma

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Lalla Beit Allah à l’aube d’une nouvelle étape

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Départ de Lalla Beit Allah vers les Mtafi l’haouf

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Les flammes intérieures et leurs mystères

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Jbile est issu d’une famille pauvre, d’un simple quartier populaire. C’est vers 1937 que ses parents s’étaient établis à Casablanca aux jardins de l’Hermitage, d’où ils déménageront par la suite, vers 1964, au célèbre bidonville de Bachkou où notre artiste vit toujours.

Aujourd’hui il a la nostalgie de ces luxuriants jardins Casablancais qu’il a connu à l’aube de l’indépendance : l’Hermitage qui a bercé son enfance, l’Hermitage disparu sous l’effet d’une urbanisation galopante qui laisse peu de place à la nature et aux espaces verts, continue d’inspirer ses créations et ses œuvres :

« Je suis né à Casablanca en 1954, au jardin de l’Hermitage. A l’époque on l’appelait « Ârssat Mohamed El Fassi ». Nous y élevions bovins, ovins, et autres volailles. Nous étions à peine huit familles à vivre au jardin de l’Hermitage. Notre mère y effectuait la corvée du bois : au milieu de trois galets elle allumait un foyer à base de bouses sèches et de brindilles. Ce feu lui servait à cuire nos aliments : pain au ferrah (plat en poterie) et repas au hammass (marmite en poterie qui sera remplacé plus tard par cocotte-minute). Dans les années cinquante – soixante, il n’y avait pas d’électricité ; on s’éclairait à l’aide d’une mèche à l’huile d’olive. La bougie est arrivée après. . »

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Jbil est resté attaché à ce feu qu’on allumait dans mon enfance. Aux couleurs de la terre aussi. Ce sont ces couleurs au milieu desquelles il a grandi dans son enfance qui sont restées enracinées dans sa mémoire et qu’il utilise maintenant :

« Ces couleurs, je les ai dans mon sang et à l’intérieur de moi-même. »

L’étable des Jbile comprenait un cheval de trait et un cheval harnaché pour la fantasia. Le cheval de trait mon père s’en servait pour tirer sa carriole remplie de fruits jusqu’au boulevard 2 mars où il officiait en tant que marchand ambulant. Celui réservé à la fantasia restait à la maison. C’était un hjar el-oued (« galets de l’oued » en raison de sa robe baie tachetée de noir). Jbile aimait bien ce cheval : « Nous le chevauchions nous-mêmes et à l’occasion nous le louions aux enfants des colons pour des ballades au jardin de l’Hermitage. Chaque week-end, dans la matinée, une clique venait jouer la mesure militaire dite du « 55 ». Elle était accompagnée d’un superbe bélier au pelage immaculé. Les européens pique-niquaient dans la nature, dansaient à l’ombre des jeunes filles en fleurs. Des religieuses nous offraient de la limonade. Cela se passait dans un théâtre circulaire de plein air qui se situait entre l’actuelle pépinière et le chemin ».

Après chaque fête du sacrifice la mère de Jbile, en compagnie d’autres femmes, cardait la laine. Pour monter leur métier à tisser, ces femmes effectuaient des corvées de bois au jardin de l’Hermitage. Elles se réunissaient par la suite dans cette nature luxuriante autour d’une çiniya ( plat de thé) : « Je me souviens des colorants naturels qu’utilisait ma mère pour obtenir une tapisserie aux motifs chatoyants. Ces souvenirs sont restés gravés à jamais dans ma mémoire et constituent un véritable réservoir d’où je puise à chaque fois que je vais peindre. Tout ce qui m’intéressait à l’école c’était de dessiner la faune et la flore de l’Hermitage : les serpents, les zarzoumiyates ; les scorpions, les mille- pattes qu’on appelait « boas », les coquelicots, et les marguerites… » Maintenant qu’il vit au fond d’une minuscule baraque dans une étroite ruelle du bidonville de Bachkou, Jbile retrouve la force de vivre et de créer en se réfugiant dans les souvenirs qu’il a gardé de l’Hermitage disparu de son enfance : « Je me suis dit : il y a quelque chose qui te manque. Et c’est ce jardin de l’Hermitage. Je suis bien avec moi-même, mais il me manquera toujours quelque chose. Il me manquera toujours ce jardin de l’Hermitage. »

C’est à partir de ses souvenirs d’enfance que Jbile travaille. Dans l’une de ses toiles on retrouve la forme arrondie de l’escargot (qui rappelle le fœtus), ainsi que les feuilles des nénuphars qui poussaient au lac de l’Hermitage : « Au milieu de ce lac autour duquel je jouais à l’Hermitage de mon enfance, j’ai représenté un laq-laq (héron), un bellarj (cigogne).et un escargot, ainsi qu’un petit poisson que nous appelions klib el-ma (chiot- d’eau) et qui nageait aussi dans ce lac.

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Mes thèmes je ne les reproduis pas à partir de photographies ou de vidéos, mais surgissent de mon feu intérieur. Je dépeins des choses simples et naturelles. Les choses que j’ai connues dans mon enfance. »

Il se bat maintenant dans le silence, prêt à relever tous les défis pour faire connaître ses œuvres et pour être reconnu en tant qu’artiste. Il ne cherche pas le gain matériel mais la reconnaissance : « Il y a de grands artistes à Casablanca qui ne sont pas cotés, et qui n’arrivent pas à se faire connaître. Il y a beaucoup d’artistes qui ont un cachet particulier que le bon Dieu leur a accordé, mais qui ne sont pas connus. Nous n’avons pas de syndicat d’artistes, de critiques d’art, ni de commissions qui puissent étudier et évaluer l’œuvre. Nous avons un groupe d’artistes par-ci, un autre par-là : chacun veut imposer et exposer les siens et s’oppose à ce que d’autres artistes apparaissent sur la scène de l’art. Personne n’est là pour aider à l’émergence d’une nouvelle génération d’artistes, que ce soit parmi les lauréats de l’école des Beaux Arts de Casablanca ou les autodidactes. Nous n’avons ni agent artistique ni manager pour s’occuper des expositions et promouvoir l’artiste et ses œuvres. J’espère que cela viendra au Maroc un jour. Nous avons des artistes qui occupent le devant de la scène depuis des décennies sans que leurs œuvres soient à la hauteur. Ils s’imposent uniquement par le marketing. Il y a pourtant de jeunes talents à qui le bon Dieu a accordé un cachet qui leur est propre et qui doivent se battent pour se faire connaître»

Pour des autodidactes comme Jbile la vie est une guerre permanente : « Je combats le temps et le temps me combat. »

D’apparence calme, mais bouillonnant à l’intérieur, bouleversé qu’il est par la vie difficile qu’il a connu : « J’ai connu de multiples épreuves : des fois je tombe, d’autres fois je me relève. Mais quand ma créativité a explosée à force d’accumulations et de persévérance, Allah m’a accordé un cachet, un style et une œuvre qui me sont propres. »

Il a d’abord commencé à travailler comme cadreur pour les œuvres des artistes et pour celles que lui confient les galeries de Casablanca, avant d’en produire lui -même : «A force de monter des cadres pour les tableaux des autres, j’ai approfondi ce don que le bon Dieu m’a accordé. Je n’ai pas étudié cet art. C’est juste une grâce divine accordée par le Plus Haut ». D’apparence « normal », mais une fois à l’œuvre, il est comme possédé par des forces contradictoires qui le minent de l’intérieur. Ceux qui ont vu ses premières œuvres l’ont tout de suite encouragé à aller de l’avant : « Je travaillais dans le silence et le secret. Un beau jour j’ai montré trois de mes œuvres à un des grands artistes dont j’omets volontiers ici le nom, pour ne pas mécontenter les autres ».

Pour produire les œuvres que tu produis, me dit-il, tu dois disposer d’une force extraordinaire. Tu ne peux pas les avoir produit tout seul. Tu dois avoir une force surnaturelle qui t’aide : tu n’es que l’exécutant d’une force supérieure qui t’inspire et te dépasse. Tu travailles sans savoir ce que tu fais, mais c’est une œuvre divine. : il doit y avoir un mystère là-dedans…

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Jbile travaille sur l’imaginaire. Il crée des choses qu’il n’a même pas prévues et qui paraissent pourtant une fois l’œuvre achevée.  « A cause du feu » dit-il.

« Je ne maîtrise pas les couleurs de mes toiles parce qu’elles se métamorphosent avec le feu. La couleur que j’ai mis initialement se transforme en couleur de feu, de terre, de bronze. En couleurs de reptiles et d’oiseaux qui me fascinaient et avec lesquels je vivais : les pique-bœufs, les escargots, les milles pattes, les scorpions, les lézards, les zarzoumiat, Boubriss, et lahdida rouge et bleue : ce minerai que notre mère achetait chez l’herboriste, qu’elle broyait, en le mélangeant à de l’huile d’olive avant de l’appliquer sur nos blessures ».

Il faut disposer comme lui d’un puissant magnétisme intérieur pour travailler avec le feu : « Mes toiles, je les travaille au feu, sans qu’elles soient brûlées. Mais leurs couleurs se transforment. Des fois j’éteins ce feu avec mon souffle, d’autre fois avec un ventilateur. C’est ce sarr (mystère) que j’aimerais faire connaître ». Les toiles de Jbile ont leur propre dimension spirituelle et poétique. Il ne croit pas aux marabouts, mais l’intérêt qu’il porte aux fêtes patronales lui vient des visites qu’il y effectuait dans son enfance en compagnie de sa mère. Ces visites pieuses sont restées gravées dans sa mémoire. Le moussem de Moulay Abdellah d’El Jadida par exemple : « On y allait juste pour assister à la fantasia et non en tant que wali parmi les walis. Quand je me rendais au moussem c’était juste pour le plaisir d’assister à la fantasia : je n’ai jamais été dans un sanctuaire. Bouya Omar, je ne l’ai jamais visité non plus. Mais je le connais par ouïe dire.

J’ai représenté les gens qui s’y rendent enchaînés. Je l’ai représenté en tant que wali et en tant que coupole entouré de fantômes. – Des fantômes en quête de baraka ? – Dieu seul accorde la baraka. Le saint n’est qu’un être humain, un wali parmi les wali que nous ne connaissons même pas ! Peut-être a-t-il existé il y a deux cents ans, ou davantage ? A-t-il réellement existé en tant qu’être humain ? Les gens y croient pourtant : chaque fois qu’un fils, une fille ou un père tombe malade, on lui conseille d’aller à tel ou tel marabout. Or celui qui n’a rien ne peut rien accorder. Le mort ne peut venir en aide aux vivants.

– Et la guérison par les plantes ? –   Peut-être. J’ai représenté ces fantômes avec chacun sa raison d’être : il y a celui qui cherche une source de vie, et il y a celui qui est Majnoun (frappé par les djinns). Ces choses se soignent par le Coran et Dieu accorde sa délivrance à qui il veut. J’ai traité de tous les marabouts. De Moulay Bouchaïb d’Azemmour en particulier. A toute femme qui désirait un enfant on disait : « Visite Moulay Bouchaïb ! Il t’accordera une nouvelle naissance ! » Est-ce que Moulay Bouchaïb accorde des enfants ? Allah seul les accorde ! »

Jbile a le projet de peindre le wali Moulay Bouchaïb entouré de fantômes, avec pour personnage central une nymphe mi-femme mi-poisson, tenant un bébé sur ses genoux, en mettant en évidence un seul sein : « C’est l’idée que j’ai en ce moment. Vais-je l’exécuter dans un mois, deux ou trois ? Allah seul connaît la vérité. Et comment cette idée va-t-elle être exécutée ? Cela je ne le maîtrise pas non plus. Je travaille d’une manière spontanée : je travaille avec le feu. C’est le feu et le Très Haut qui décident de la forme définitive que prendra mon œuvre. Pour ma part, je ne maîtrise rien ».

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En tant qu’artiste, il reproduit la coupole du saint non pas telle qu’elle parait, mais tel qu’il la ressent, en tant que manifestation concrète de la spiritualité abstraite : « Je m’exprime spontanément avec mes énergies sanguines, mes pulsations cardiaques, mon état mental. Quand j’aborde un thème (que ce soit les reptiles ou des poissons) je me réfère toujours à mes souvenirs d’enfance : quand nous étions tous jeunes, nous nous rendions à la corniche, à Aïn Diab et à Sidi Abderrahmane, auquel nous sommes restés attachés. Dans les années soixante, il y avait de la pauvreté au Maroc. La situation n’était pas encore stable. On n’avait pas de quoi acheter un casse-croûte : sur le chemin de la plage, on glanait les épluchures d’oranges que les gens jetaient. On fouinait dans les poubelles des villas d’Anfa la Haute. Nous allions à la mer sans avoir de quoi manger de la journée. On s’amusait à la corniche et à Sidi Abderrahmane, et le soir venu, nous rentrions chez nous à pieds. Je suis né à Casablanca, et j’ai gardé des liens affectifs avec cette enfance que j’ai vécue à Sidi Abderrahmane, en tant que wali et en tant qu’océan. Quand j’ai voulu reproduire Sidi Abderrahmane à ma façon, je m’y suis rendu à plusieurs reprises. Je l’ai observé de tous côtés. Je m’y rendais à l’aube et au crépuscule. Je l’abordais de droite et de gauche. De loin et de près. Tout cela pour déterminer de quelle manière le thème de Sidi Abderrahmane serait traité.

Une fois je m’y suis rendu à six heures du matin pour porter un ultime regard sur les lieux. Je conduisais doucement en le regardant au loin. Ce faisant, j’ai grillé le feu rouge à Sind Bad, les policiers en faction m’ont immédiatement arrêté et quand je leur ai expliqué que je suis artiste et que j’étais absorbé par mon sujet, ils m’ont laissé partir. Plus tard, dans mon atelier, j’ai représenté Sidi Abderrahmane sous la forme d’une petite felouque portée par un poisson géant».

Parce que ses ancêtres sont originaire du Sahara, il s’y est rendu en pèlerinage et y a observé la vie nomade, qu’il a reproduit une fois de retour à Casablanca : « En visitant le Sud, j’ai représenté une nomade, parce que mes ancêtres sont originaires du Sahara. Mes parents (qui sont tous morts) me racontaient que mes ancêtres sont des aribats de Jbilâtes (les petites collines) d’Abtih de la région de Tan-Tan (c’est d’ailleurs pour cette raison que je porte le nom de « Jbile » : la petite colline).

De là, mes ancêtres avaient émigré jadis vers les Rhamna : mes parents sont nés aux Rhamna, d’où ils avaient émigré vers Casablanca en 1937. Après un pèlerinage à Tan–Tan et Tarfaya, j’ai représenté une femme nomade, portant un bracelet d’argent à la cheville, avec un plat d’osier chargé de poissons sur la tête. Je l’ai peinte de dos avec des vêtements flottants comme si elle était portée par les vents de mer. J’ai aussi traité de la sécheresse et des épreuves que subissaient les gens des régions méridionales où l’on n’arrivait même pas à trouver de l’eau pour préparer le thé. J’ai symbolisé cette sécheresse par la superposition de plusieurs amphores vides avec au loin une femme portant une petite amphore sur la tête et allant à la recherche de l’eau. Quand on voit le tableau on se dit : « al-jafâf !» (Quelle sécheresse !). Voici que sont posées, à même le sol, de grandes amphores, mais il n’y a pas d’eau. Et voilà une femme s’en allant à la recherche d’un peu d’eau, rien que pour préparer un verre de thé !» Jbile n’a pas de repos psychologique chez lui.

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Il ne trouve de repos que dans son atelier situé à El Ouelfa : au rez–de–chaussée scie et raboteuse électriques pour exécuter ses commandes de cadreur, à l’étage une pièce suspendue et sombre où il s’isole pour reproduire sur toile l’univers étrange que lui dicte son imaginaire. Il passe la journée dans son atelier et le soir venu, il rejoint sa petite famille au bidonville de Bachkou : « Jusqu’au jour d’aujourd’hui, je continue de vivre dans un bidonville de Casablanca. C’est le quartier de Bachkou. Quand les gens me verront à la télévision ou à travers les journaux, ils se demanderont : « Où doit donc vivre cet artiste ? » Les gens verront une grande contradiction entre le fait que je dispose d’une belle voiture (que j’ai acheté à crédit) et qu’en même temps je continue de vivre dans un bidonville. Quant à retrouver chez moi repos et sérénité dans un salon après avoir pris une douche : c’est exclu. Toute notre vie se passe dans les petites ruelles du bidonville ; les pièces exergues servent juste pour dormir.

Malgré toutes ces contraintes et ces épreuves, je suis en mesure de créer et de produire. Dans le bidonville, il n’y a pas d’espace vide. Les jeunes sont désœuvrés : il y a celui qui tient un mur ou une baraque. Faute d’espace, quand arrive la nuit, il faut s’attabler à un café en dehors du bidonville. La baraque ne sert qu’à manger et dormir. Faute d’espace, il n’y a pas de repos psychologique».

Nous traversons l’Hermitage : c’est maintenant une zone de villas, avec la commune d’Anoual, le collège du Raja édifié à l’emplacement d’un ancien verger où poussaient énormément de figuiers. Il n’y avait ici qu’artichauts sauvages, coriandre, persil, tomates et chiendent. Cette mosquée et toutes ces villas n’existaient pas du temps où Jbile y vivait, à l’orée des années soixante : « J’espère qu’il y aura un jour une éclaircie qui me permettra d’acheter une parcelle de terrain pour bâtir ma maison dans ce quartier où je suis né » soupire-t-il.

Nous nous approchons maintenant du bidonville de Bachkou . De toutes parts il est entouré de villas, d’immeubles. A cette heure de la journée, le bidonville est un peu vide.

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Voici l’école et voilà les baraques.  « Comme tu as vu de tes propres yeux mes œuvres, il faut que tu voies de tes propres yeux le bidonville où je vis. Nous y allons à la mi-journée où il n’y a pas beaucoup de monde. Mais si on y allait en fin de journée, tu verrais le bidonville sous un autre jour, tu verrais les enfants en train de jouer ainsi que beaucoup de confrontations : le soir il y a un tel entassement de jeunes gens, qu’il t’est difficile de le traverser. »

Voici des baraques qui viennent d’être démolies : elles appartenaient aux gens transférés depuis peu vers les habitats économiques. La vie quotidienne d’un artiste qui vit ici est très dure. Même la couleur de la taule vieillie, on la retrouve à l’intérieur des œuvres de l’artiste : « Regarde comment cette taule est devenue à force du soleil et de la pluie.

Les marchands de légumes et de poissons ont pour l’instant ramassé leurs affaires. Mais si demain tu reviens vers dix heures du matin, tu verras un autre monde. Voici un jeune artiste qui vit également à Bachkou. Il poursuit des études d’infographiste aux Beaux Arts. Réussir par piston n’est pas une réussite. Dans ce cas, même en réussissant, tu te sens miné de l’intérieur par l’échec. Mais quand tu as réussi grâce à tes propres efforts, tu ressens une satisfaction intérieure indescriptible. Dans tous les domaines, pas seulement dans celui de l’art, il y a des gens qui ne sont parvenus que grâce aux autres.

Dans notre bidonville, nous avons d’autres artistes. Nous avons des médecins, des avocats, des professeurs d’anglais, d’espagnol. Nous avons même un commandant de la marine. Soixante quinze avocats sont sortis de ce bidonville… Il m’a fallut non seulement l’effort d’une seule journée, mais une lutte de toute une vie pour parvenir là où je suis. Je ressens une satisfaction et une fierté, même sans la réussite matérielle. Lorsque les gens me disent que j’ai des dons qui n’existent nulle part, je ressens un bonheur indescriptible. Je ne suis pas quelqu’un qui a vécu dans les privations : grâce à Dieu, je n’ai jamais manqué de rien. Comme vous pouvez le constater j’ai ma voiture et mes enfants.

J’ai un fils, Jbil Jalal, qui faisait partie du club casablancais de Raja et qui a été transféré au club de football de première division nationale du Maghrib el Fassi, et j’ai un fils qui a gagné par deux fois le championnat nationale de boxe. Ils ont réussi malgré le milieu défavorisé dont ils sont issus. Le bidonville c’est du chinois. Ça grouille de monde : il n’y a pas d’espace vide où l’individu puisse s’épanouir. C’est un lieu d’entassement humain. Les hommes sont comme des tomates : ils ne peuvent que pourrir quand ils s’entassent. Un milieu dangereux où il y a le haschisch et les drogues : le qarqoubi, le maâjoun, chicha. Mais grâce à Dieu, mes enfants sont des sportifs et je n’ai pas de problèmes financiers. Je suis quelqu’un de mhawar : un jour j’ai de quoi vivre, un autre je n’ai rien et la vie continue : je combats le temps et le temps me combat. Mais j’ai espoir en une délivrance. Un jour viendra, où il y aura un dénouement à tout ce mal vivre. Grâce aux arts plastiques, je parviendrai à quelque chose que je ne connais pas encore».

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Voici maintenant les marchands de légumes, les poissonniers, le marchand d’olives, une baraque d’animation musicale populaire qui porte l’écriteau « Orchestra Abdelghani ».

« Ici tu ne parviendras pas à traverser, en temps normal. Voici la ruelle où je vis. D’une largeur de cinquante centimètres, elle est faite juste pour le passage d’une seule personne : deux personnes ne peuvent s’y croiser. Voici la fontaine publique où tout le monde effectue la corvée d’eau et la décharge publique de plein air au centre du bidonville avec ses mouches, ses mulets et ses chiens errants tout autour. Tu trouves beaucoup d’enfants désœuvrés comme celui-là. Cette baraque est une mosquée. Les gens mènent une vie simple. Ceci est l’artère principale du bidonville, tu découvriras d’autres choses en allant dans les ruelles étroites. »

A notre rencontre arrive une estafette de police. Des baraques détruites : leurs propriétaires ont été transférés vers des logements économiques, soit au quartier Sidi Maârouf, soit à celui de Rahma. Ce dernier porte un nom qui signifie « miséricorde ». Le même nom que porte le grand cimetière Casablancais où sont enterrés son père et sa mère. Il y a ceux à qui on a accordé un appartement économique et ceux qui ont obtenu une parcelle de terrain pour y construise à crédit leur maison. Jbile désire réaliser un documentaire sur le bidonville de Bachkou avant qu’il ne disparaisse à jamais. Il est prévu, en effet, que d’ici 2012, il n’y aura plus de Bachkou. Son terrain reviendra aux capitalistes qui construiront dessus, des villas, des immeubles haut-standing et des supermarchés. Jbile continue de vivre quant à lui sur le passé de son enfance. Il ne vit pas le temps présent avec son bidonville délabré et sa modernité déboussolée dont il n’arrive pas à maîtriser les codes.

Casablanca, le jeudi 5 mars 2009

Reportage et photos : Abdelkader M A N A.Jbile photo 010.jpg

Les tableaux-caftans de Fadela Kanouni racontent chacun à sa manière des histoires de femmes du Maroc, dans leur diversité culturelle.Travail fait main, broderies, brocard, passementerie, bijoux, textures de couleurs…Femmes toutes en nuances de couleurs ; jamais en blanc et noir. Mélanges inattendus de textures, de tissus, de couleurs. Expression ancestrale du travail artisanal renouvelé : plis et replis, vagues dans les robes. Tons ocre, pastel, couleurs des âges de la vie, du ciel, de la terre. Textures, bijoux et parures de toutes les régions du Maroc. Tissus anciens et modernes.Les mousselines vaporeuses entourent les bras comme autant de désirs de liberté : « Histoires de femmes multiples, celles que je connais, celles que je ne connais pas : le corps des femmes est habillé mais absent. Visage caché, parure en mouvement, membres mutilés, modes éphémères exprimées dans ces tableaux mettant en relief la féminité, la diversité, les aspirations des femmes, leur créativité » C’est sa fille, par sa beauté, sa grâce et son amour du beau qui lui a inspiré sa première œuvre : « C’est vraiment par hasard que j’ai commencé à réaliser ces tableaux. Au départ, c’était juste pour faire un petit cadeau à ma petite fille. J’ai voulu lui offrir quelque chose d’original en me disant : c’est comme cela qu’elle va garder un souvenir de nos traditions. Un caftan on le met mainte fois et on fini tôt ou tard par le jeter mais un tableau, ça reste pour toujours ».

Et comme ce premier tableau a plu, elle a continué à en faire, voilà tout… une robe-caftan en soie couleurs pastels et drapée de soie perlée rose et nacre, de sfifa et soie bleue : le collier accompagne jade dans son mouvement continu. Un mouvement qui se situe entre tradition et modernité comme nous l’explique l’artiste Fadela Kanouni dans cet entretien. Il est important cependant de signaler que Fadela n’est pas n’importe qui puisque son aïeul n’est autre que Abdelhay Kattani, le chef historique de la fameuse zaouïa Kettania, qui fait partie de l’aristocratie de Fès.

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– Tu es née à Fès. Raconte-nous un peu tes souvenirs d’enfance à Fès, les fêtes de Fès, les femmes de Fès…

– J’ai gardé un souvenir de Fès en fête. Des souvenirs extraordinaires de l’ancienne médina de Fès, où déjà petite je fabriquais des poupées de roseau. J’aimais déjà les belles textures. Je suis né à Fès où j’ai vécu jusqu’à l’âge de quinze ans. Ma sœur qui était couturière m’a appris la haute couture parce qu’elle était la première femme à en faire à Fès. J’étais toujours bien habillée par elle. Autour de moi il y avait des femmes avec de beaux caftans. Ma mère, c’est vrai, avait une culture traditionnelle. J’étais élevée aussi par ma sœur Charafa, la couturière et par mes grands frères qui ont étudié en Europe. Donc, il y avait déjà ce mélange de modernité et de traditions. Mon père était présent sans l’être vraiment. J’étais entouré plutôt de femmes et de mes frères plus que de mon père. A l’âge de quinze ans, j’étais arrachée de cette ville ancienne et je me suis retrouvée à Rabat dans une belle villa tout entourée de jeunes hommes :mes frères qui m’ont appris à vivre la modernité. C’est grâce à eux que j’accepte en moi cette diversité culturelle comme une richesse. Jai vécu cette vie moderne à côté de ce que j’ai vécu à Fès, comme un enrichissement. J’ai jeté en l’air beaucoup de tabous qui me bloquaient. En même temps, dans cette modernité, je risquais de me perdre.

– Vous êtes issue d’une famille de Chorfa Kettani ?

– Oui, mes valeurs presque soufies, m’ont inculqué le respect de l’autre. C’est ce qui me permettait d’accepter cette modernité sans m’y perdre.

– Quelque part, dans ces tableaux, il y a un peu de ce que vous étiez et un peu de ce que vous êtes maintenant : une harmonieuse synthèse entre tradition et modernité…

– Dans notre culture, il y a beaucoup de choses extraordinaires. La vie m’a appris à m’enrichir de cette culture qui est en moi et en même temps de m’ouvrir à l’autre pour apprendre de lui. Dans la modernité il y a beaucoup de choses qui nous permettent de faire évoluer nos traditions. Ces tableaux sont l’aboutissement de cette évolution en moi. Ce n’est pas seulement des tableaux que j’essaie de vendre, parce que je m’en fous de les vendre à la limite, mais c’est des œuvres que j’aimerai que les autres apprécient. – Vous êtes donc de la zaouïa Kettania ? – Je suis de la famille de Si Abdelhay El Kettani : à la maison on recevait des tribus entières lors du moussem (fêtesannuelles de la zaouïa). Tout un cérémonial a lieu à cette occasion parce que les Chorfa avaient un impact sur ces populations. Maintenant, la zaouïa Kettania de Fès est un peu à l’abandon, malheureusement. – En matière de tissage, le savoir faire des artisans de Fès est fabuleux, en fil d’or, en fils d’argent, en soierie. Des tissages d’origine andalous d’un raffinement extraordinaire. Ce raffinement est également symbolisé par « les chants des femmes de Fès »recueillis par Mohamed El Fassi dans les années 1930. Vous êtes un peu l’héritière de tout ce monde disparu ou en voie de disparition et en même temps, vous êtes le signe et lesymbole de l’ouverture : toutes ces très belles traditions vous les marier d’une manière harmonieuses avec la modernité dans vos oeuvres…

Dans mes tableaux « j’évoque l’évolution des femmes. La richesse qu’on a dans tout ce qui est traditionnel et en même temps j’ai montré que les femmes essaient de s’en débarrasser : des fois elles y arrivent, d’autre fois pas. C’est comme moi ! j’ai appris avec le temps à me débarrasser de beaucoup choses qui me pèsent. Mais dans les traditions il y a de belles choses qui m’enrichissent qui font que j’ai cette identité plurielle. »

– Puisque vous évoquez « les chants de femmes de Fès », j’ai souvenir de ces après-midi de fêtes entre femmes, qui étaient toujours très bien habillées, très bien apprêtées, surtout ma mère : elle était toujours majestueuses, du matin au soir. Elle était toujours en caftans et avec ses beaux bijoux. Et quand elle s’arrêtait de travailler, l’après-midi , elle dansait, chantait avec tambours et gâteaux . C’était vraiment des après-midi de fêtes. Pour les femmes de Fès, tous les mariages, les baptêmes étaient des occasions pour se parer, se faire belles. Mes souvenirs de Fès, c’est cela. – Il y a aussi l’influence de votre sœur la couturière… – J’accompagnais souvent ma sœur, quand elle allait en médina, choisir les tissus chez les artisans. J’ai gardé le souvenir de belles textures. C’est là que j’ai appris le choix des couleurs, des matières, l’harmonie des tons. Chaque fois que je vais en médina, je me rappelle de Fès. Chaque médina me rappelle les souvenirs d’enfance et ceux de charafa qui m’a appris tout cala. Et quand on faisait une bêtise, pour nous punir, ma mère nous envoyait chez la âqada (fabricante de boutons en fils de soie pour fermer les caftans). C’est comme ça que j’ai appris à faire laâqad (boutons). Certes, en pleurant mais finalement, j’ai appris quelque chose ! Les punitions étaient une forme d’apprentissage. – Il faut dire que Fès grouillait alors de tisserands et de métiers à tisser… – Il y avait souvent un maâlem qui fabriquait des caftans pour maman à l’entrée de notre maison. Et j’allais m’asseoir à côté de lui et je le voyais travailler. Quand je descendais en médina, c’était les artisans qui travaillaient dans la rue ; qui filaient la soie. La médina de Fès est tellement riche d’artisans qui travaillent dans la rue et j’étais toujours là en train de les regarder. Quand je vais à Marrakech, c’est la même chose. Ils sont d’une dextérité, d’une finesse… – C’est avec les bouts de tissus que vous achetez aux tisserands que vous faites vos tableaux ? – Quand je vais chez les tisserands à Fès, j’achète des bouts de tissus faits avec d’anciennes machines à tisser : je trouve ça beau et j’ai envie de les mettre sur des tableaux. C’est chargé d’histoire. Ce n’est pas que des tissus. Chaque bout de tissus représente une région du Maroc. C’est cette charge culturelle qui est intéressante, que je met en valeur et que je retravaille à ma façon. – Mais en même temps votre démarche est éminemment moderne ne serait-ce que dans la forme même du « tableau » qui encadre ces caftans miniature? – Quand je vais en médina que ce soit à Fès ou à Marrakech, Rabat ou quand je vais dans les régions du sud ; j’essaie de retrouver cet artisanat qui est en train de se perdre et en même temps qui est en train de se rénover grâce à la modernité : l’ouverture sur l’autre a permis à nos artisans de faire des choses de plus en plus adaptées à la mode, aux niveaux qualité, design, couleurs, texture . Ils se modernisent quelque part. Chaque fois que je retrouve des choses anciennes faites main, je suis très heureuse. Chaque fois que je trouve des choses nouvelles, faites dans des tons nouveaux ; cela me fait également plaisir et je me dis : notre artisanat est en train de s’enrichir de la culture de l’autre. – Vous ne vous inspirez pas seulement de modèles fassis ? -Derrière le travail fait main, derrière ce que je fais pour montrer un Maroc pluriel, je ne suis pas que fassie : je suis un petit peu berbère, rifaine, européenne : je suis tout cela en même temps. Dans mes tableaux, il y a un peu de chaque région et c’est cette diversité qui fait la richesse du Maroc. Je ne parle pas seulement de la culture berbère, musulmane mais aussi de la culture juive qui fait aussi partie de notre culture. Nous sommes même ouverts à une certaine forme de spiritualité multiple . On n’est pas dans un pays fermé, heureusement. On est dans un pays qui a toujours connu un brassage de civilisations. Je ne pense pas qu’on puisse se limiter aujourd’hui à une unicité culturelle. – Votre œuvre est justement cette belle synthèse entre tradition et modernité. – Je n’ai pas eu à me confronter à la modernité : je l’ai vécu avec ma tradition. Dans le temps ma sœur faisait déjà des robes – caftans. Il y avait de la musique orientale et de la musique moderne. On dansait oriental et on dansait moderne. Il y avait le salon marocain et le salon européen. L’art culinaire marocain mais aussi européen. Ce mélange, on continue d’ailleurs à le vivre. Chez moi, il y a le petit coin marocain et le petit coin européen. Et quand je fais la cuisine, je mélange un peu les différentes recettes et dans mes tableaux, je mélange les différents styles. Cette diversité n’est pas que marocaine, elle est internationale. J’ai beaucoup voyagé à travers le monde, Et chaque fois que je vais quelque part, je suis curieuse de l’autre, curieuse de ce qu’il peut m’apporter pour mieux vivre. Finalement on cherche une certaine forme de bonheur, de sérénité de paix. – Dans quelle mesure la dimension spirituelle influe dans ta création ? – Je suis toujours dans cette quête de spiritualité. Mon père ne m’a jamais imposé la foi, j’ai donc cru surtout dans les valeurs universelles que je retrouve dans notre culture soufie : cette part du divin que nous avons en nous. Je me rappelle de mon père lisant le Coran tandis que je lisais Sartre. Il me disait : « tu sais, quelle est la meilleur façon de croire ? c’est de croire dans le respect de soi et de l’autre. Parce que la foi, je ne peux pas te l’imposer. » J’ai un tableau fait à partir de son selham (burnous en laine blanche et fine) , que Dieu l’ait en sa sainte miséricorde. Il le mettait toujours pour aller à la mosquée. Pour moi, il est dans une forme d’humilité ; une manière d’être dans la simplicité et le dépouillement. Pour moi ce selham symbolise la recherche de la paix et de la sérénité. Une forme de prière. Ce selham qui était enfoui au fond de mon placard est maintenant une œuvre d’art expressive ; il me rappel mon père, ses prières, les valeurs dans lesquelles il nous a élevé : simplicité et sobriété. La beauté n’est pas seulement extérieure mais aussi intérieure : chaque être qui crée a cette beauté en lui. Il montre dans ces créations, ce qui lui fait mal, ses souffrances, ses désirs, ses aspirations. Il y a tout cela dans ma créativité. – On appellera le tableau de votre père « la prière de l’aube ». – J’aime beaucoup. – Parce que les femmes sont exclues de la religion officielle des hommes, elles se sont créées leur propre « religion » et Aïcha Qandicha est en quelque sorte la « déesse » de cette religion des femmes. Est-ce qu’il n’y a pas une spiritualité féminine qui est un peu occulté mais qui existe ? – Vous me parlez d’Aïcha Qandicha : c’est vrai que toutes petites, on a toujours entendu parler d’elle : c’est une femme qui a historiquement marqué son temps. Mais je dirai que la spiritualité musulmane ne peut pas être confondue avec des rites qui sont traditionnellement plutôt païens. Il y a les traditions berbères ancestrales qui sont millénaires et il est vrai qu’ici la religion musulmane n’est venue que depuis douze ou quatorze siècles. Donc, ce n’est pas très ancien. Et chaque fois que l’Islam est apparu quelque part, il s’est mélangé avec les traditions qui lui ont préexisté. Au Maroc, il y a un mélange entre culture musulmane et croyances magico-religieuses. La tolérance en Islam vient du fait qu’il accepte d’incorporer dans son universalisme les particularismes locaux.

– Au Maroc, l’univers féminin est quand même un univers culturel et religieux, je dirai à part : c’est une façon qu’ont les femmes de s’approprier leur corps, leur esprit de manière à se distinguer de nous autres les hommes ? – Quand je me suis mariée, je me suis rendu compte qu’au Maroc, peu de couples vivaient dans l’équilibre, la sérénité, la paix. Et ça m’a poussé à réfléchir un peu, à décoder notre histoire pour comprendre. Pourquoi on est dans une situation de conflits plutôt que d’acceptation de l’autre, de recherche de paix entre hommes et femmes ? Cela n’a rien de naturel ; c’est à la fois culturel et historique. Tout ce que nous avons hérité du passé, si on arrive à le décoder et à le comprendre ; on peut le dépasser. On peut garder ce qu’il y a de bien. Si au Maroc, très souvent les femmes vont vers les saints, c’est parce qu’elles n’ont pas toujours vécues dans la sérénité, que ce soit avec leurs proches ou leur mari. Et comme on n’est pas habitué au psychologue, elles ont recourt aux saints, aux voyantes…C’est une façon pour elles de se retrouver. Avec l’âge, je suis revenue au soufisme pour retrouver la part du divin en moi. J’ai vu des européens adopter cette culture soufie où on n’est pas toujours dans la guerre comme c’est le cas actuellement avec les fanatismes de tous bords et un peu partout. La religion n’est pas une forme d’agression ; au contraire elle doit révéler la beauté qui est en nous. La foi est là pour nous apprendre à mieux vivre, à être en paix avec nous-mêmes, à aller vers plus de sérénité, plus de détachement. C’est ce qui me permet de me détacher par rapport à tout ce que j’ai été. Maintenant, devant mes tableaux, je me dis : j’ai la chance d’avoir une nouvelle vie.

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